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L'AUTEUR - MEREMPTAH

 

 

2yeuxet1plume / Autour de Matthieu Chedid -M- alterne tant des billets scrutant l'actualité et les mystères de cet artiste guitariste (informations très souvent fournies par -M- lui-même ou ses équipes)  que des articles plus personnels : photographie, écriture, découvertes musicales, etc.

 

  Armé d'un Pentax K5, fidèle filet d'images, je capture par exemple, au gré de mes envies, instants de vie et tableaux naturels. Pas de sujets de prédilection, si ce n'est le beau, l'incongrus, l'intéressant.

 

Professeur d'Histoire Géographie, parolier SACEM, j'adresse un petit clin d''oeil à mes chers élèves de passage, anciens ou actuels : eh non, vos enseignants ne se morfondent pas, une fois les cours terminés, dans d'austères livres poussiéreux et barbants ... enfin, pas que !

 

 
~ 2 yeux 1 plume ~
Autour de Matthieu Chedid par Meremptah
 
 
 

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 09:10

 

Le retour des "2yeux" sur 2yeuxet1plume / Autour de Matthieu Chedid

 

Voilà bien longtemps que je ne suis pas revenu, sur ces rivages, à mes premières amours, justifiant le titre de cet OVNI numérique qu'est "2yeuxet1plume". 

 

Quelques clichés HDR pris lors d'un séjour récent à Madrid.

 

Musée du Prado Retiro Madrid HDR

 

Bassin du Parc Retiro Madrid HDR

 

Cathedral de Madrid HDR

 

Metro de Madrid Almudena HDR

 

Temple de Debod Amon Madrid HDR

 

Sphinx Madrid HDR

 

 

 

 

 

Autour de Matthieu Chedid - 2yeuxet1plume -  Par Meremptah ~

 

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Billet écrit et publié par Meremptah - dans Photographies
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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 14:33

 

Matthieu Chedid -M- a donné un concert à Tokyo, au Japon, le 28 mars 2016. Elodie Kanazawa était sur place : récit.

 
 
Ce 28 mars 2016, Matthieu Chedid cloturait sa tournée asiatique, qui l'a vu se produire en Chine ou en Corée ... et au Unit club de Tokyo.
 
Dans une interview donnée récemment au Parisien, il indiquait avoir été tranporté par sa découverte du Pays du Soleil Levant : "Pour moi, jouer au Japon, c'est quelque chose de très spécial [...]. Je sens qu'il y a ici une ouverture, une envie réciproque, mais il faut que je me laisse infuser par ce pays, comme un thé, pour en ressentir les vibrations [...]. Venir me poser ici un peu m'amuserait beaucoup. "
 
Notre "envoyée spéciale" sur place, Elodie Kanazawa, nous a réservé un récit détaillé du concert intimiste auquel elle a pu assister. Le voici, nourrit de l'envie de vous faire partager son expérience exceptionelle en "suprême Asie".
 
MATTHIEU CHEDID - Une envoyée spéciale au Japon (concert au Unit de Tokyo)

 

"Le 28 mars fût une journée à marquer d'une pierre blanche pour moi. Entre le jour où j'appris à ma grande stupéfaction que Matthieu Chedid nous ferait l'honneur de venir jouer devant le peuple Nippon et le jour du concert en lui même, le temps m'a en effet paru très long ... !


Et puis, enfin ... cette journée du 28 mars 2016 était pluvieuse, mais emplie de soleil en mon coeur. J'arrivais vers 16h30, alors que la salle n'ouvrait ses portes pour la première partie (DJ SUMI-ROCK) qu'à 19h. Grand fût mon étonnement quand, arrivée devant cette fameuse salle UNIT, je m'aperçu que j'étais la première!

 

Photo promo de Dj Sumi-Rock (par Kaigan Culture)

Photo promo de Dj Sumi-Rock (par Kaigan Culture)

 

Le soleil avait alors repointé le bout de son nez. Il faisait plutôt doux. Français et Japonais arrivèrent au fur et à mesure et se massèrent à mes côtés, devant la salle, leur nombre croissant tout comme l'excitation grandissait en moi.


A 19h très exactement, rigueur japonaise oblige, les portes s'ouvrirent. La salle du Unit Club ne pouvant contenir plus de 500 personnes, le concert auquel j'allait assister s'annoncait empli d'émotions et, sûrement, le plus intimiste de toute la tournée asiatique de Matthieu Chedid. C'était d'ailleurs la première fois qu'il allait se produire au Pays du Soleil Levant.

 

Emotion très particulière que je ne saurais vraiment vous décrire avec précision.
Je me retrouvais donc tout devant cette scène qui devait faire moins de 10m de longueur, sur quelques petits mètres de largeur, à laquelle avait été adjoint un "petit carré" d'un mètre sur un mètre, s'avançant au milieu du public pour s'en rapprocher davantage.


Vint le moment de la première partie : derrière ses platines, DJ SUMIROCK, une petite dame Japonaise âgée de 80ans (!) chauffait la salle pour mieux nous préparer au show. Je me souviens qu'un de ses derniers mix revisitait "Highway to Hell" d'AC/DC. Le public était déjà sur-excité 

 

Un mix de DJ Sumi Rock

 

20h15. Les toutes premières notes de la chanson "Qui de nous deux" résonnèrent. Un pic d'adrénaline me fit bondir (littéralement) de joie ! Enfin, le spectacle tant attendu débutait !


Cette première chanson terminée, -M- marqua une pause pour savourer ce moment et contempla lentement la foule. Le regard emplit de sincérité et de bienveillance, je pouvais ressentir à quel point il était heureux et touché de se retrouver enfin à Tokyo, et par notre accueil.

 

C'est alors qu'il demanda aux personnes se tenant devant la scène (dont moi), d'allumer leurs flashs de téléphones portable, pour qu'il puisse interpréter, d'une une athmosphère féérique et étoilée, l'une de mes chansons préférées : La bonne étoile, justement. Une interprétation acoustique, sensible ... parfaite !


Pour la chanson suivante, il invita à monter sur scène des jeunes filles (elles étaient deux), puis deux Japonaises (dont mon amie et une "Lolita" répondant au prénom de Hanna). Ces dernières étaient à proprement parler fans de lui depuis quelques années : mon amie, d'ailleurs, lui avait écrit une lettre rédigée en Français, que nous avons réussi avec succès à lui faire passer. Elle était aux anges ! D'autant que ce fût l'heure pour elle d'écouter "La Seine" tout en restant ... sur scène.

 

Matthieu Chedid au Unit club de Tokyo - Photo par Elodie K.

Matthieu Chedid au Unit club de Tokyo - Photo par Elodie K.

 

S'en suivirent : "En tête à tête", "Onde sensuelle" puis "L'île intense". Ce dernier titre fût enrichi de la présence sur scène d'Hocine Merabet, qui interpréta à merveille le rôle d'un indigène en dansant sur scène.


Puis un groupe de Japonais joueurs de "Wadaiko" (tambours sacrés Japonais), nommé "MUGEN", accompagna -M- et ses musiciens. Ce mélange fût EXPLOSIF, (D)ETONNANT. Matthieu Chedid, ses musiciens, Hocine Merabet et le groupe MUGEN prirent un plaisir fou à jouer ensemble. Cela se ressentait dans leur musique et se lisait sur leurs visages.

 

 


S'en suivit : En tête à tête, Onde sensuelle puis L'île intense.
Cette dernière fût très spéciale déjà car un homme dont le nom est Hocine Merabet interprétat à merveille le rôle d'un indigène en dansant sur scène.
Puis parce qu'un groupe Japonais joueurs de "Wadaiko" (tambours sacrés Japonais) surnommé "MUGEN" accompagnèrent -M- et ses musiciens.
Ce mélange fût EXPLOSIF, (D)ETONNANT et très AUTHENTIQUE.
-M-, ses musiciens, Hocine Merabet et le groupe MUGEN prirent un plaisir fou à jouer ensemble.
Cela se ressentait par leur musique et se lisait sur leurs visages.
Cette chanson terminée, quelques poignées de main, des "inclinations" pour se remercier entre eux et une ovation du public.
Moment (pour moi) vraiment -M-agique.
-M- continua sur sa lancée avec "A tes souhaits" (que j'affectionne énormement), "MOJO", "Le complexe du cornflakes", "Mister Mystère", "Monde virtuel" et ensuite arriva la fameuse chanson tant attendue : Je dis AIME.
Je crois que pour cette chanson tout le monde était relié par une connection, un lien invisible, un sentiment de bonheur à l'état pur.
Pour le solo -M- se laissa emporté par la foule sur le dos tout en continuant de jouer de la guitare. C'était vraiment INCROYABLE.
J'avais déjà vu -M- 3 fois en France pour la tournée "Les saisons de passage" avec son frère et sa soeur, Sélim et Nach, mais je ne me souvenais pas avoir éprouvé un connection aussi forte entre l'artiste et le public.
La fameuse "Mama Sam" fût jouée et chantée puis arriva le tour de "Machistador".
Matthieu Chedid invita certaines personnes à le rejoindre lui et ses musiciens sur scène (dont moi, quel émerveillement).
A ce moment là, je n'ai pas hésité une seconde pour monter à ses côtés! (Pendant un de ses concerts auquel j'ai eu le plaisir d'assister il m'avait proposé de monter sur scène mais je n'avais pas osé et étais restée bien sagement à ma place, cette fois-là c'était pour la chanson "Mama Sam". Inutile de préciser que durant 5 années j'ai regretté amèrement mon choix.)
J'étais heureuse, je dansais sur sa musique à ses côtés, comme un moment irréel, virtuel.
Je n'avais pas pris mon téléphone pour apprécier au maximum ce moment EXTRAORDINAIRE qui s'offrait à moi comme cette soirée.
La chanson pris fin (et oui toutes les bonnes choses ont une fin) et là j'eût le droit à un baiser (sur la joue voyons!) et une brève accolade.
Autant dire que j'étais aux anges et que je me souviendrai toute ma vie de ce moment!
Revenue à ma place initiale, à peine remise de mes émotions, il en repassa une couche en chantant "Machine" accompagné d'un Moine Bouddhiste.
Ce fût (encore) un moment plein d'émotions et vraiment fragile. Dans la salle, tout le monde se tût  pour écouter Monsieur Ryukai Matsushima chanter et jouer de ses instruments bouddhistes.
Passage du concert vraiment EXCEPTIONNEL et FABULEUX auquel moi et quelques autres 400 personnes venions d'assister.
Après une longue ovation, -M- nous fît un EXTRAORDINAIRE cadeau ainsi que le plaisir et l'honneur de nous jouer une chanson inédite qu'il n'avait jamais joué ni chanté devant un public même dans ses autres dates en Asie (Tokyo était sa dernière date en Asie, et pouvoir jouer au Japon le faisait rêver).
Nous eûrent le privilège d'écouter en exclusivité la chanson "Massaï". Très belle chanson, vraiment superbe moment..
Après il demanda si une femme Japonaise et qui comprenait le Français pourrait monter sur scène pour improviser une musique. Je poussa mon amie Japonaise, Megumi, à y aller.
-M- lui expliqua que par ses gestes elle pouvait dicter aux trois musiciens (dont -M-) d'accélérer le rythme de la musique, le ralentir, l'intensifier...
C'était vraiment bien et original! Ensuite il appela une seconde Japonaise pour reproduire cet "exercice".
Après, comment finir le concert sans la très entraînante chanson "Baïa".
La foule joua le jeu en chantant et en reprenant les signes que nous mimait -M- et ses fantastiques musiciens.
Pour la fin, -M, Brad Thomas Ackley et Lawrence Clais nous firent la chorégraphie de "MOJO" pour nous laisser un souvenir mémorable, une trace, de leur passage à Tokyo.
Puis vint le moment des aurevoirs (et non pas des adieux car -M- nous a promis de revenir), du ........... et il retournèrent en backstage nous laissant succomber à notre overdose de plaisir et d'euphorie.
Je pris un verre avec mon amie Megumi et Hanna tout en discutant de cet EXTRAORDINAIRE moment auquel nous venions d'assister.
Puis nous rentrèrent paisiblement chez nous des étoiles plein les yeux, et du baume au coeur avec un seul mot à la bouche pour Matthieu Chedid, ses musiciens, MUGEN et Ryukai Matsushima : -M-erci !!!
Matthieu Chedid et MUGEN au Unit club de Tokyo - Photo par Elodie K.

Matthieu Chedid et MUGEN au Unit club de Tokyo - Photo par Elodie K.


Cette chanson terminée, quelques poignées de main, des "inclinations" pour se remercier mutuellement et une ovation méritée du public. Moment vraiment -M-agique ! 

 

-M- continua sur sa lancée avec "A tes souhaits" (que j'affectionne énormement), "Mojo", "Le complexe du cornflakes", "Mister Mystère", "Monde virtuel". Puis arriva la fameuse : "Je dis Aime".

 

Je crois qu'au moment de cette chanson, tout le monde, dans la salle, était relié par une connection, un lien invisible, un sentiment de bonheur à l'état pur. Pour le solo, comme à son habitude, -M- se laissa emporter par la foule qui le portait, tout en continuant de jouer de la guitare. A mes yeux, tout bonnement INCROYABLE !

 

Matthieu Chedid à Tokyo - Photo par Xavier Leoty - AFP

Matthieu Chedid à Tokyo - Photo par Xavier Leoty - AFP

 

J'avais déjà vu -M- 3 fois en France pour la tournée "Les saisons de passage" avec son frère et sa soeur, Selim et Nach, mais je ne me souvenais pas avoir éprouvé un connection aussi forte entre l'artiste et le public.


La fameuse "Mama Sam" fût jouée et chantée puis arriva le tour de "Machistador".
Matthieu Chedid invita certaines personnes à le rejoindre lui et ses musiciens sur scène (dont moi, quel émerveillement !). A ce moment là, je n'ai pas hésité une seconde pour monter à ses côtés !

 

Pendant un de ses précédents concerts auquel j'ai eu le plaisir d'assister il m'avait proposé de monter sur scène mais je n'avais pas osé et j'étais restée bien sagement à ma place : c'était alors pour la chanson "Mama Sam". Inutile de préciser que durant 5 années, j'ai regretté amèrement mon choix.


Mais ce 28 mars 2016, j'étais heureuse : je dansais sur sa musique, à ses côtés, comme consciente de vivre un moment irréel, virtuel.


La chanson pris fin (et oui toutes les bonnes choses ont une fin), et là j'eûs le droit à un baiser (sur la joue voyons!) et une brève accolade. Autant dire que j'étais aux anges et que je me souviendrai toute ma vie de ce moment !


Revenue à ma place initiale, à peine remise de mes émotions, il en repassa une couche en chantant "Machine" accompagné d'un Moine Bouddhiste.

 

 

Matthieu Chedid -M- et un moine bouddhiste - Photo par Elodie K.

Matthieu Chedid -M- et un moine bouddhiste - Photo par Elodie K.

 

Ce fût (encore) un moment plein d'émotions et vraiment fragile. Dans la salle, tout le monde se tût  pour écouter Monsieur Ryukai Matsushima chanter et jouer de ses instruments bouddhistes. Passage du concert vraiment EXCEPTIONNEL et FABULEUX auquel moi et quelques autres 500 personnes venions d'assister.

Après une longue ovation, -M- nous fît un EXTRAORDINAIRE cadeau ainsi que le plaisir et l'honneur de nous jouer une chanson inédite qu'il n'avait jamais joué ni chanté devant un public, même dans ses autres dates en Asie (Tokyo était sa dernière date en Asie, et pouvoir jouer au Japon le faisait rêver).

Nous eûrent le privilège d'écouter en exclusivité la chanson "Massaï". Un très beau titre ...

Après il demanda si une femme Japonaise et qui comprenait le Français pourrait monter sur scène pour improviser une musique. Je poussais mon amie Japonaise, Megumi, à y aller.
 
Matthieu Chedid -M- et une spectatrice japonaise - Photo par Elodie K.

Matthieu Chedid -M- et une spectatrice japonaise - Photo par Elodie K.

 

Matthieu Chedid lui expliqua que par ses gestes elle pouvait dicter aux trois musiciens (dont -M-) d'accélérer le rythme de la musique, le ralentir, l'intensifier ... C'était vraiment bien et original ! Ensuite il appela une seconde Japonaise pour reproduire cet "exercice".


Comment terminer le concert sans la très entraînante chanson "Baïa" ?  La foule joua le jeu en chantant et en reprenant les signes que nous mimait -M- et ses fantastiques musiciens.


Pour finir, -M-, Brad Thomas Ackley et Lawrence Clais nous firent la chorégraphie de "Mojo" pour nous laisser une dernière trace de leur passage à Tokyo. Et vint le moment des au-revoirs (et non pas des adieux car -M- nous a promis de revenir) et du salut.

 

Et il retournèrent en backstage, nous laissant succomber à notre overdose de plaisir et d'euphorie.


Je pris alors un verre avec mon amie Megumi et Hanna, tout en discutant avec elles de cet EXTRAORDINAIRE moment auquel nous venions d'assister : des étoiles plein les yeux et du baume au coeur, nous avions un seul mot à la bouche pour Matthieu Chedid, ses musiciens, MUGEN et Ryukai Matsushima : -M-erci !!!

 

MATTHIEU CHEDID - Une envoyée spéciale au Japon (concert au Unit de Tokyo)
 

 

 

 

Rédaction : Elodie Kanazawa / Meremptah

 

 

Autour de Matthieu Chedid - 2yeuxet1plume -  Par Meremptah ~

 

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Billet écrit et publié par Meremptah - dans AUTOUR DE -M- (MATTHIEU CHEDID)
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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 17:00
 

2yeuxet1plume | Autour de Matthieu Chedid 

 
 

THERMOSTAT ONZE

 

J’envisage ta peau

Esprit cannibale,

Toi dans l’oesophage,

Moi tenant couteau.

 

Je salive tes mots,

Palpitant volage,

Vapeurs de bardane

A fleur d’échafaud.

 

Viens dans mon zoo :

J’y mords des girafes

Girondes et sauvages.

Mais tu es moineau.

 

L’estomac dans tes talons

Thermostat onze.

 

Je cuisine à chaud

Tes larmes animales

Serties de métal

Sur lit rococo.

 

Je t’ai sur le dos

Tandis que tu râles.

Seraient-ce mes charmes

Qui te poussent à l’eau ?

 

Sous d’antiques linteaux

Je me donne du mal :

Tu es l’oie sauvage

Servie sur plateau.

 

L’estomac dans tes talons

Thermostat onze.

 

Au bout du rouleau

Mes penchants s’étalent.

Je ravive la flamme :

Tu n’f’ras pas d’vieux os

 

L’estomac dans tes talons

Thermostat onze.

 

 

PAROLES - Thermostat Onze

 

© Mars 2016


Paroles de Meremptah

Déposées à la SACEM

 

 

 

 

2yeuxet1plume - Autour de Matthieu Chedid - Par Meremptah ~

 

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Billet écrit et publié par Meremptah - dans Chansons (textes de Meremptah)
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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 12:54

 

Le chanteur Matthieu Chedid -M- inspire parfois les ... recherches universtiaires. Analyse et recherche autour de son dernier album (La B.O² -M-) publié en 2015, par Louise P.

 
 
Il y a quelques mois de cela, alors que la tournée de la Famille Chedid s'achevait à peine, je recevais, sur la messagerie de la page Facebook Matthieu Chedid -M- by 2yeuxet1plume / Meremptah, un mail d'une certaine Louise P. Elle m'y demandait quelques éclairages quant au nouvel album de l'artiste-guitariste, La B.O² -M-.
 
Elle avait en effet décidé de lui consacrer l'un de ses premiers travaux universitaires, dans le cadre de l'UE d'Initiation à la recherche proposée par l'Université de Dijon, afin de valider sa troisième année de Licence en musicologie.
 
Après lui avoir confié quelques clefs de lecture, je proposais à cette jeune étudiante, admiratrice du Machistador, de lui permettre de rendre ses impressions et analyses publiques. De constuire, à l'aide d'extraits choisis par elle, un billet mettant en lumière son analyse, son ressenti, enrichi du prisme de la musicologie.
 
Vous trouverez donc dans cet article collaboratif, nourrit d'un esprit tout chédidien de partage,  un condensé du travail de Louise P., que je remercie pour sa confiance et son dynamisme. AVERTISSEMENT essentiel toutefois adressé aux lecteurs potentiels : cette lecture est avant tout conseillée à celles et ceux ayant déjà découvert l'oeuvre en question, sous peine d'en déflorer l'essence.
 
A tous ceux qui n'auraient pas encore exploré les méandres de La B.O² -M- : nous vous engageons à vivre dans un premier temps l'expérience proposée par Matthieu Chedid et Matthias Picard dans leur création conjointe ... un casque vissé sur les oreilles, en direction d'un monde intime. 
 
Je laisse, à présent, la parole à Louise P. Belle découverte !
 
 
*    *    *

 

« LA B.O² -M- : UNE OEUVRE LABORATOIRE » PAR LOUISE P.

 

I/ De Matthieu Chedid à -M-

Matthieu Chedid et sa guitare rose Billie, en pleine période Qui 2 nous 2 (2003)

Matthieu Chedid et sa guitare rose Billie, en pleine période Qui 2 nous 2 (2003)

C’est à la fin des années 1990, que le jeune guitariste Matthieu Chedid décide de débuter une carrière solo. Pour cela, il va créer son propre personnage : -M-. C’est avec ses compositions qu’il va arriver sur le devant de la scène avec son premier album Le Baptême sorti en 1998. Remarqué très vite par son univers décalé et sa voix atypique, -M- a su se faire une place sur la scène rock française.

Son look extravagant inspiré de l’album des Beatles Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band ne laisse personne indifférent. Reconnu par sa coupe de cheveux en forme de M, Matthieu Chedid critiqué ou adulé fait parler de lui et est aujourd’hui un chanteur et auteur-compositeur emblématique de l’hexagone.

Après cinq albums studios, une coupe de cheveux transformée en lunettes lumineuses et près de douze années après la sortie de son premier album expérimental Labo M, Matthieu Chedid nous offre une suite en novembre 2015 en créant La B.O² -M- .

 

II/ Qu’est-ce que c’est ?

 

Cette œuvre semble définir son personnage, « c’est une expérience » nous confie l’artiste. C’est dans une vidéo qu’il nous annonce ce projet : « Ceci n’est pas un disque. Ceci n’est pas un poème. Ceci n’est pas une bande-dessinée ».

Matthieu Chedid n’avait pas envie de suivre les codes d’un album studio ordinaire, il a donc prit la liberté de s’engager dans un projet original où personne ne l’attendrai. L’album entier ne peut pas être considéré comme album à proprement parlé : c’est une œuvre anticonformiste à part entière. L’habituel petit album capable de tenir dans une main est transformé en un véritable livre, également notice pour comprendre l’aspect intérieur et musical de cette oeuvre.

Pochette de La B.O² -M- par Matthieu Chedid (album publié en 2015)

Pochette de La B.O² -M- par Matthieu Chedid (album publié en 2015)

Album racontant un rêve de l’artiste fait il y a dix-huit ans qui l’a inspiré à créer -M-. Le plus surprenant reste le format de cet album, il ne se compose pas de plusieurs chansons à la suite comme dans un simple disque, mais d’un seul et unique morceau de vingt-neuf minutes que l’on peut écouter avec la voix de -M- racontant son rêve ou seulement dans une version instrumentale.

 Ce disque se trouve à l’intérieur d’un livre illustré par Matthias Picard, dessinateur de bande-dessinées, qui a accepté de mêler son univers à celui de Matthieu afin de créer une œuvre totalement hybride.

 

III/ Quelques explications…

 

Ce projet audacieux est assez mystérieux à première vue, le titre La B.O² -M- contient plusieurs lectures.

 

« LABO (la B.O) DE(²) M (-M-) »

« LA (la) BANDE ORIGINALE (B.O) DE (²) M (-M-) »

« LA (la) BAIE (B.) OXYGENE (O²) MATTHIEU CHEDID (-M-) » [1].

 

Matthieu Chedid l’a bien expliqué, La B.O²-M- est en réalité trois visions du même rêve, « une expérience en 3V » les trois étapes de la création de l’album. En effet, le projet s’est construit au fur et à mesure. Au début il n’était question que d’un disque instrumental où un poème serait rajouté : le rêve de Matthieu, mais ensuite -M- a trouvé plus intéressant d’ajouter des images à son rêve en faisant appel à un dessinateur.

 

« La multiplicité du projet, de ses lectures, de ses impacts possibles, l’artiste en a pleinement conscience, et se joue d’elle. Il nous l’exprime par ses diverses dimensions : 3 visions d’un même rêve. Une bande sonore. Une bande dessinée. Une bande scénarisée et poétique » [2]

 

 C’est en janvier 2014 que Matthieu Chedid, accompagné de ses deux musiciens, est parti dans un studio bruxellois afin d’enregistrer la partie instrumentale. Quatre jours de musique ont donnés quatre heures d’improvisations qui au montage ont été finalisées dans un morceau de vingt-neuf minutes.

 

Le trio de musiciens a été renommé « Chedakles » pour le projet . Il est « composé de Matthieu Chedid (Ched) aux racines libanaises. De Brad Thomas Ackley (akle) l’américain. Et de Lawrence Clais (kles), fils des Antilles » [3].  Chedakles a été créé afin que le groupe ne devienne qu’un, un super-héros. Un monstre à trois têtes et six mains, « franco-martiniquais des US à tendance orientale ».

Lawrence Clais, Matthieu Chedid et Brad Thomas Ackley forment le CHEDAKLES (2015 - La B.O² -M-)

Lawrence Clais, Matthieu Chedid et Brad Thomas Ackley forment le CHEDAKLES (2015 - La B.O² -M-)

 

IV/ Un jeu d’improvisation, un poème et un dessinateur

 

Chedakles a choisi de créer le morceau à partir d’improvisations. Afin que le résultat soit cohérent, ils ont fixés les règles du jeu. Avant chaque début d’enregistrement, ils choisissent un thème qui sera la base de l’improvisation. Par exemple, Matthieu commence avec un tempo et une tonalité qu’ils ont décidés tous les trois, il joue pendant un petit moment mais Lawrence et Brad n’entendent pas car sa piste est éteinte. Ils entrent chacun leur tour avec la même tonalité et le même tempo, quand ils écoutent ensuite les trois pistes en même temps, un morceau totalement hasardeux apparait, tel un cadavre exquis. Ils ont aussi improvisés dans des moments particuliers, comme en jouant dans le noir, après avoir bu une boisson au gingembre ou joué en compagnie d’une strip-teaseuse dans le studio. Matthieu Chedid aime créer avec l’inconscient, il veut que « l’âme prenne le dessus sur l’esprit ».

 

Le morceau instrumental terminé, il fallait ajouter du texte. C’est alors que Matthieu Chedid décide d’écrire un poème sur la musique, un poème qui raconte son rêve. C’est la musique qui l’a inspiré car elle est très expressive, il y a des moments de calme tout comme des moments surréalistes où l’on est emporté dans une vague de chaos. L’ingénieur du son a alors rajouté des bruitages pour accompagner le poème comme des grincements de portes ou des bruits de pas, il voulait scénariser le poème et l’improvisation afin qu’il y ait un rapport cohérent, pour que la musique devienne descriptive et qu’elle nous transmette des images.

 

Matthieu Chedid, une fois le rêve fini, avait l’impression qu’il manquait quelque chose. Il s’est alors souvenu de la découverte d’un dessinateur qu’il a fait quelques mois plus tôt. Lorsque Matthieu a lu pour la première fois une des bande-dessinées de Matthias PicardJim Curious, les dessins lui rappelaient son rêve. -M- appelle alors le dessinateur et lui fait découvrir le rêve musical.

 

-M- va évoluer tout au long du rêve qui est un voyage « où il va rencontrer des personnages, des univers, des paysages différents. Il va cheminer et prendre un peu du galon au fur et à mesure comme un héros, un super-héros. » nous explique Matthias Picard.

 

V/ Analyse de l’œuvre

 

L’aventure commence, un réveil sonne, et -M- se fait emporter dans le royaume, son propre royaume par une orange numérique.

 

« Un ANGE gardien d'OR revêtu, lumineuse compagne nous invitant à tout abandonner pour la suivre. A se perdre en son récit, les yeux clôts. A trouver l'or en soi. "L'OR EN JE" ... A lire sur sa peau le mantra d’un songe : « J’aime, donc je suis » [4]

 

Et nous voilà emportés dans un autre monde, dans un chaos instrumental, ou plus rien n’a de sens, illustrant l’immense changement qui est en train de s’effectuer sur notre protagoniste, une impression de descente comme si nous nous retrouvions dans le tunnel du lapin d’Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll. « Je n’avais plus aucun contrôle sur rien. » [5]

Extrait de l'album graphique par Matthias Picard, accompagnant l'album La B.O² -M- par Matthieu Chedid

Extrait de l'album graphique par Matthias Picard, accompagnant l'album La B.O² -M- par Matthieu Chedid

 

L’atmosphère, après les quatre premières minutes, devient alors plus calme, plus aérienne, -M- voyage, il découvre. Les dessins sont plus légers et notre héros vole à travers la nature. « J’avais pris mon envol ».

 -M- accepte ce changement et prends son destin en mains. Le tempo s’accélère, -M- prends du plaisir, il se recueille dans le silence puis sa joie est illustré par le chant de l’orange. Il prend de l’assurance, le dessin qui représente notre héro évolue et est plus réel, une silhouette se construit.

Après quelques moments de doutes et d’hésitations où –M- pense trop, le voilà emporté dans une vague d’amour, il tombe amoureux, un coup de foudre pour Rouge Aline. « Elle était comme l’ultime vers du poème que je n’écrirai jamais » [6] .

Nous entendons alors une musique sensuelle, un solo de guitare accompagné par des sons électroniques nous rappelant des violons, montrant l’intensité des sensations que Rouge Aline procure à -M-.

Nous percevons une voix de femme, des mots incompréhensibles rythmés par la guitare électrique qui devient de plus en plus passionnée suivi comme un écho par la batterie

Changement d’ambiance, -M-après s’être retrouvé au Texas, part, fuit, se remet en question, ce -M- lui fait peur, l’orange essaye de le calmer, mais son esprit semble tout mélanger.

Il nous présente alors Chedakles. Il reprend ses esprits, le dessin représentant -M- devient de plus en clair.

 

« A cet instant, j’ai réalisé immobile, détaché dans ce jardin suspendu sauvage et sans névrose que Rouge Aline m’avait laissé quelque chose. Plongé dans ce parfum un message aussi précieux que de l’Or (en je). Merci mon ange pour ce voyage. » [7]

 

 -M- s’en va de cet univers apaisé, grandis, construit. Il a compris pourquoi il en est arrivé là.

 

« Le Hasard, ce malin, il avait tout prévu à l’avance. »[8]

 

Le réveil sonne, un portable vibre, -M- se réveille.

 

Extrait de l'album graphique par Matthias Picard, accompagnant l'album La B.O² -M- par Matthieu Chedid

Extrait de l'album graphique par Matthias Picard, accompagnant l'album La B.O² -M- par Matthieu Chedid

 

Il est difficile d’analyser une œuvre comme celle-ci. La B.O² -M- est un rêve, le rêve de Matthieu Chedid. Malgré l’aspect aussi personnel et subjectif qu’il puisse paraître, l’auteur nous fait entrer dans son univers.

Le fait qu’il y ait trois visions du même rêve nous laisse le choix de construire notre propre histoire. Cet album est un laboratoire où diverses expériences ont été effectuées.

Le mélange de la littérature, du dessin et de la musique crée une œuvre hybride, rappelant les albums concept des groupes de rock des années 1970. Nous retrouvons dans ce projet toutes les choses qui ont inspirés l’artiste tout au long de sa vie. C’est une biographie. Au travers de cette œuvre, Matthieu Chedid cherche simplement créer un album à son image, l'image de Matthieu Chedid à travers son personnage -M- et de nous la faire partager.

 

VI/ PARTIE RECHERCHE :

 

A - Pouvons-nous parler d’un album « anti-formaté » ?

 

Le format de l’album est original, il est constitué du seul et unique morceau de vingt-neuf minutes que l’on peut écouter avec la voix de -M- ou sans. Il n’a pas de pochette et se trouve dans un livre illustré par les dessins de Matthias Picard, il n’est disponible que dans des librairies. Cet album est un concept osé et disons-le, un renversement des mœurs de l’album musical. En effet, c’est depuis la création des 78 tours que les chansons commercialisées ont la durée que nous connaissons, car sur ces disques nous ne pouvions pas mettre plus de trois à quatre minutes de musique. Ensuite, à partir des années cinquante, si des artistes voulaient que leur musique passe à la radio, ils devaient obligatoirement avoir sorti un 45 tours qui correspondait à une chanson de trois minutes.

 

B - M est-il un artiste libre, un artisan ?

 

Un artisan est un « professionnel qui exerce à son compte un métier manuel », un artisan en musique serait alors quelqu’un qui décide de faire sa propre musique sans être dépendant de quelqu’un. Si nous parlons d’ « anti-formatage » pour cette œuvre c’est aussi car Matthieu Chedid a décidé d’être artiste certes, mais un artiste libre qui ne doit pas s’enfermer dans des codes définis depuis des années. Lorsqu’il a sorti Labo -M- en 2003, il pensait sortir plusieurs albums à la suite mais par faute de temps il n’a pas pu faire ce qu’il avait souhaité.

 

« Je voulais faire une sorte de série d’albums expérimentaux […] Je voulais faire le Labo –M- 2 qui est devenue la B.O² -M-» [9]

 

Il s’est donc lancé dans une aventure musicale avec ses deux musiciens et son ingénieur du son. Ils sont partis quatre jours dans un studio afin d’enregistrer des improvisations qui sont devenues la bande originale du rêve de -M-, mais à l’origine rien n’était prévu. Ce n’est que plus tard qu’il décidera d’ajouter un livre à son œuvre. Il a pris la liberté de faire des expériences le temps d’arriver à un projet abouti.

 

C - Pouvons-nous classer La B.O² -M- dans l’univers du rock progressif ?

 

Le rock progressif, apparu dès la fin des années 1950, « se nourrit de toutes ces diversités : goût pour les musiques extra européennes, le jazz, la musique classique, le plain-chant des moines de Solesmes, etc. Il est attiré par les marginalités, la recherche de nouvelles spiritualités, le fantastique, la science-fiction, la déformation, voire la dégradation de la réalité (souvent par la drogue), ce qui est associé au mouvement dit psychédélique. » [10]

 

Matthieu Chedid cherche en permanence de nouvelles influences, il aime expérimenter la musique, jouer avec. Dans son œuvre, il nous emmène à travers son rêve nous faisant voyager grâce aux différents modes de jeux que lui et ses musiciens ont explorés lors de leur improvisation. Il mélange sa vie réelle avec celle de -M- devenant un super-héros, un véritable protagoniste de science-fiction.

 

Si nous cherchons un équivalent de La B.O² -M- dans l’histoire du rock, l’œuvre qui se rattacherait le mieux serait Atom Heart Mother du groupe Pink Floyd. « Ce sont les pionniers du rock psychédélique anglais et précurseurs du rock progressif au milieu des années soixante. Le groupe pratique une musique futuriste en perpétuelle évolution. » [11] Ce morceau de vingt-trois minutes sortit en 1970 mêle la musique savante à la musique populaire en ajoutant au groupe de rock un orchestre et une chorale. Cette œuvre ne contient pas de texte, elle est totalement instrumentale mais la sonorité est très riche grâce à l’instrumentation inhabituelle, la grande utilisation de claviers électroniques et de collages sonores, de bruitages inspirés de la musique contemporaine d’après-guerre. Atom Heart Mother se rapproche étonnement de l’œuvre de -M- rien que par son intérêt pour le surréalisme, par l’envie du groupe de progresser, de découvrir de nouvelles choses mais aussi avec des similitudes comme l’ajout de bruits et l’utilisation de la technologie.

 

D - La B.O²-M-, musique savante ?

 

Le désir de mélanger la musique populaire et la musique savante est propre au rock progressif, certain groupe français des années 70 ont essayés d’ « intellectualiser » leur musique. « Cet intellectualisme était dû au contexte très politisé. La plupart en avaient marre du système de la variétoche française qui incitait plutôt les chanteurs à ne surtout pas réfléchir […] pour s'en « sortir » il ne fallait pas « entrer » dans le système... Il fallait créer ses propres circuits de création et de diffusion en toute indépendance » (Interview d’Éric Deshayes, auteur de L’underground musical en France, Marseille, Le Mot et le Reste, 2009).

 

Matthieu Chedid n’essaye pas de rentrer dans le système, il cherche à être libre dans sa musique cependant il veut créer une musique « moins mentale » il veut arrêter « d’intellectualiser », il cherche une « écriture automatique ». Il veut jouer avec l’inconscient et que « l’âme prenne le dessus sur l’esprit ». -M- veut que la musique de son rêve soit une musique de l’instinct, qu’elle ne soit pas préparée, il joue avec le hasard.

 

Cela rappelle la musique de John Cage, compositeur clé de la période contemporaine qui utilisera l’improvisation mais également le hasard et l’indéterminisme.

 

« Il introduit cette fois le hasard dans la méthode : la localisation des sons dans le temps, et donc la durée de l’œuvre, résulte d’opérations effectuées au moyen du Yi King (« livre des mutations »), un traité de divination chinois millénaire auquel Cage recourra de nouveau à de nombreuses reprises. […] Le Yi King sera un outil privilégié de cette discipline, comme le seront aussi son travail à partir de l’interprétation des imperfections d’un papier, les superpositions géométriques ou le recours au carré magique. Ces opérations affectent l’organisation et l’interprétation musicale et libèrent la mémoire. Cage définit le hasard comme un bond qui permet à l’homme de se mettre hors d’atteinte de sa propre portée. » [12]

 

Cage cherche à ne pas imposer sa musique selon ses propres préférences. Avec le hasard il n’a plus la responsabilité des choix effectués mais plutôt celle des questions posées comme le fait -M- dans son œuvre. Chedakles se donne des règles au départ, comme Cage avec le Yi King ou le carré magique, une tonalité et un tempo choisi mais cela peut être aussi des couleurs, des situations ou même des jeux comme le cadavre exquis. Ainsi des règles sont fixées puis ils peuvent improviser et laisser le hasard former la bande-originale du rêve de Matthieu.

 

E - M, rockeur « underground » ?

 

 Labo –M- et La B.O²-M- sont qualifiés d’albums expérimentaux de par leur originalité et leur difficulté de trouver un genre précis où les classer.

 

« Expérimental » est un adjectif qui peut paraître un peu fourre-tout, mais on y a recours dès qu'une musique instrumentale échappe à toute catégorisation. « Underground » reste pour moi intimement lié aux années 70. […] Pour aujourd'hui, j'emploierais plus volontiers le terme « expérimental », un peu fourre-tout comme je le disais, mais qui part de la musique elle-même. […] Le terme de « musiques inclassables » commence quant à lui à avoir une certaine audience. » [13]

 

La musique de Matthieu Chedid est expérimentale car il se sert de l’univers de -M- comme un laboratoire de création artistique où celui-ci ne s’enfermerai pas dans des genres précis avec des modes de jeux précis. Il cherche à mélanger, créer, innover de nouvelles choses à base d’expériences musicales.

 

F - La B.O² -M-, la bande originale du film intérieur de Matthieu Chedid ?

 

Sans être beaucoup informé sur cet album, nous pourrions croire que le morceau de - M- a été créé afin d’accompagner les dessins de Matthias Picard, telle une bande-originale de film où la musique a été composée après avoir vue les images, alors que c’est tout simplement l’inverse. Ce n’est qu’après avoir fini le morceau que Matthieu Chedid fît appel à Matthias Picard. La musique raconte le rêve de -M-, ce morceau est la bande-originale du film personnel et intérieur de Matthieu Chedid, il nous partage sa propre histoire.

 

L’album concept de Serge Gainsbourg, Melody Nelson, semble faire écho au projet de Matthieu Chedid, comme l'a relevé le site 2yeuxet1plume. Paru en 1971, Gainsbourg raconte l’histoire d’une jeune fille aux cheveux rouges (Melody Nelson) à laquelle la voix de Jane Birkin, muse de l’auteur, fut attribuer. Gainsbourg abandonne le chant pour privilégier la narration comme le fait -M- afin d’allier la littérature et le rock en une musique instrumentale hybride pouvant nous projeter des images subjectives des histoires qu’ils veulent nous partager.

 

G - Matthias Picard, illustrateur ou interprète ?

 

Matthias Picard est un dessinateur de bande-dessinée. Après que Matthieu Chedid lui ait proposé d’illustrer son album et son rêve, il a du entrer dans l’univers de -M- pour pouvoir ressentir ce que Matthieu souhaite nous partager. « On a connectés nos deux cœurs, Matthias et moi ». Matthias s’est inspiré de l’univers du chanteur pour dessiner mais il s’est aussi servi de son propre univers, il fallait que les deux artistes soient connectés. Il n’a pas seulement illustré les mots de -M-, mais il a interprété à sa manière la musique, les diverses parties que contient l’œuvre. Ces dessins peuvent aider à la compréhension du poème mais aussi de la musique.

 

Analyse de l'album La B.O² -M- de Matthieu Chedid (par Louise P.)

Analyse de l'album La B.O² -M- de Matthieu Chedid (par Louise P.)

 

[2] ID.

[5] Matthieu CHEDID et Matthias PICARD, La B.O²-M-, Editions 2024, Paris, 2015.

[6] Idem.

[7] Matthieu CHEDID et Matthias PICARD, La B.O²-M-, Editions 2024, Paris, 2015.

[8] Id.

[11] Idem

[13] Interview d’Éric Deshayes, auteur de L’underground musical en France, Marseille, Le Mot et le Reste, 2009

 

 

 

 

2yeuxet1plume - Autour de Matthieu Chedid - Par Meremptah ~

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Billet écrit et publié par Meremptah - dans AUTOUR DE -M- (MATTHIEU CHEDID)
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3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 16:30
 

Autour de Matthieu Chedid -M- / Portrait rare d'une artiste libre et multiple : Emile Chedid

 

En ce mois d’octobre 2015, les Chedid sont sous le feu des projecteurs. D’émissions radio en plateaux de télévision, les quatre artistes qui la composent présentent l’album symbole de l’aventure unique qui les a conduits, les mois précédents, à livrer ensemble plus de 30 concerts. C’est ainsi, en tous les cas, que nombre de médias donnent à voir cette famille scénique et singulière : comme une tribu quadricéphale de compositeurs-interprètes constituée de Louis, Matthieu, Anna et Joseph. Ce tableau coutumier est pourtant incomplet. Il ignore une figure bienveillante et nécessaire, une femme de l’ombre ayant posé sa pate experte sur cette odyssée familiale, une artiste inspirée dont tout un chacun a déjà pu apprécier le travail et la force de proposition au cours du quart de siècle passé, sans en connaitre l’existence. Ou, par facilité de l’esprit, en sous-estimant son rôle, ses talents, ses mérites. Cette créatrice, cette pierre angulaire du clan Chedid, nous l’avons rencontrée. Elle s’est livrée à 2yeuxet1plume lors d’un entretien rare, avec gentillesse et subtilité. Drôlerie aussi. Au naturel. Portrait filé d’une artiste aussi entière que discrète : Emilie Chedid.

Emilie Chedid, une artiste libre et multiple (© E. Chedid / Autoportrait)

Emilie Chedid, une artiste libre et multiple (© E. Chedid / Autoportrait)

Emilie Chedid est née à la toute fin de l'automne 1970. A la veille d'un hiver rigoureux. Elle en a conservé, par esprit de contrariété peut-être, une forte chaleur intérieure. Fille ainée de Louis et de Marianne Chedid, elle grandit dans l’ouest parisien. Elle n’a pas soufflé sa deuxième bougie qu’un petit frère lui est donné : Matthieu. Bien souvent, lorsque frères et sœurs ont des âges approchants, ils sont chien et chat l’un pour l’autre. L’entente est malaisée. Rien de tout cela chez les Chedid. « Nous étions proches. Nous n’avons qu’un an d’écart. Nous avions donc les mêmes copains. On faisait beaucoup de choses ensemble … ».

 

Complices, Emilie et Matthieu bénéficient d’une atmosphère familiale saine et équilibrée. Rien d’évident a priori. La jeune fille n’a que 8 ans lorsque son père rencontre ses premiers grands succès, avec des titres comme La Belle ou T’as beau pas être beau, sur lequel elle assure les chœurs, accompagnée de son petit frère. La réussite aurait pu changer l’homme, peser sur son foyer, son équilibre, comme pour tant d’autres artistes. Il n’en fut rien. « J’ai très bien vécu la célébrité de mon père. Nous n’avons jamais été plongés dans le star system par des parents impudiques qui nous auraient exhibés sur les couvertures des magasines peoples. Nos parents nous ont protégés, nous ont offert une enfance normale. Nous avons fait la quasi-totalité de notre scolarité dans des établissements publics : nous n’avons pas été placés sous cloche. »

 

Proches, Emilie et son presque-jumeau de frère n’en sont pas moins différents. « Matthieu était un grand lunaire. J’ai toujours été plus ordonnée, rigoureuse, même si j’ai un côté bordélique, comme tous les membres de ma famille. Il y a de cela, de cette légère opposition de style dans nos rapports, depuis toujours.  Je suis la sœur ainée. Celle qui se faisait engueuler par les parents parce qu’elle était responsable des plus petits et qui devait avoir l’œil sur tout. Donc fatalement, j’étais parfois un peu saoulée lorsque les autres ne rangeaient pas derrière eux (rires) ». Une divergence des caractères qu’Emilie retranscrivit dans le script du clip du Complexe du Corn-Flakes qu’elle réalisa en 2000 et dans lequel les deux cadets de la famille, Anna et Joseph, jouèrent le rôle de leurs ainés adolescents. A leur propos, Emilie confie : « Avec Jojo et Anna, on a 15-16 ans d’écart. J’étais adolescente quand ils sont nés. Ce qui a créé des rapports assez légers avec eux. Aujourd’hui, la différence d’âge se sent moins. Nos rapports sont superbes, touchants, complices ».

 

Réalisation : Emilie Chedid (2000 / Complexe du Corn Flakes​ / Matthieu Chedid -M- / Delabel)

 

Si Emilie grandit dans une atmosphère équilibrée, propice à l’épanouissement personnel, sa scolarité n’en bénéficie pas pleinement. Peut-être rêveuse, peu réceptive à un enseignement trop axé sur l’autorité, rebelle aussi. Un déphasage partagé par Matthieu, pour des raisons diverses. Tous deux errent dans les salles de classe sans véritablement s’y trouver, esprits vagabonds et décalés. Leurs parents, inquiets bien qu’ayant eux-mêmes détesté l’école  - ou peut-être pour cette même raison - décident d’expérimenter, de les extraire du cursus traditionnel. « Vers la 3ème, nous avons été inscrits dans un établissement privé, aux alentours de Sèvres-Babylone (au Cours Montaigne de Paris, ndlr). Je m’en souviens parce qu’à ce moment là, on commençait à être vraiment très mauvais. A dire vrai, on a toujours été mauvais à l’école. Nos parents ont choisi ce type d’établissement car sinon, il aurait fallu nous choisir une sorte de voie de garage, et nous aurions stoppé nos scolarités ».

 

Un virage en forme de révélation pour Emilie et Matthieu. Non pas qu’ils aient bénéficié d’une subite révélation pédagogique. Leur Lycée est, sur le plan des résultats, des plus chaotiques. Si Matthieu reste chez lui le jour de l'examen du baccalauréat après une fin de Lycée vécue dans une certaine désinvolture - s’étant évadé les six mois précédents en tournée avec quelques copains musiciens -, Emilie le passe ... sans se donner la peine d'aller en consulter les résultats, par conviction chevillée au corps que son destin professionnel peut emprunter d’autres chemins.

 

Au Cours Montaigne de Paris enseignait un « professeur de français merveilleux », Serge Lascar, aujourd’hui auteur pour la télévision (Une famille formidable, etc.), le cinéma ou le théâtre - trajectoire enviable et inspirante s’il en est … ! Un professeur qui fit office de révélateur, tant pour Emilie que pour un Matthieu timide et complexé par son surpoids, affublé de surnoms assassins par de prévenants amis. « Serge Lascar dispensait des cours de théâtre le dimanche, auxquels on s’est inscrits. Ce fut le début d’une révolution totale, pour Matthieu comme pour moi. Matthieu, qui était très timide et mal dans sa peau à l’époque, a commencé à s’extérioriser. Dès qu’il foulait les planches, il était d’une drôlerie ! Il adorait monter sur scène, improviser, jouer. Il semblait fait pour ça. A peine occupait-il l’espace que tout le monde riait. Sans qu’il ne fasse rien, sans qu’il ne dise rien, le public était plié en 4. J’ai rapidement compris qu’il resterait là. Sous les projecteurs. Même si, au départ, j’ai pensé qu’il serait comédien ».

 

La révélation frappe aussi Emilie. D’un naturel très ouvert, elle sympathise avec Serge Lascar. Elle joue, bien sûr. Mais surtout,  elle devient la plus énergique et entreprenante élève de son professeur, s’impliquant dans l’organisation des spectacles donnés par la troupe. Dans l’ombre, déjà, à participer à la mise en lumière d’une histoire, de personnes, d’idées. « J’étais très investie, y compris en coulisses. Surtout, même. C’est là que je me suis rendu compte qu’il fallait que je sois derrière. Que cela me plaisait terriblement. Tout est parti de là. J’adore créer, organiser, concevoir des décors, penser des mises en scène, raconter des histoires, etc. »

Autoportrait d'Emilie Chedid - Années 1990 (collection personnelle)

Autoportrait d'Emilie Chedid - Années 1990 (collection personnelle)

Car c’est là un des principaux traits de caractère d’Emilie. Un goût prononcé pour la tranquillité. Non pas la fainéantise, elle qui déborde d’énergie, toujours au travail. La tranquillité intérieure. Qui se retrouve jusque dans ses choix de vie : « J’ai des enfants, je vis à la campagne, j’ai des poules, j’ai un chat, des lamas (rires) … Je suis une parisienne qui vit à la campagne ».  Avide d’espace, de liberté peut-être, de cette même liberté qui contraria sa scolarité, elle observe avec méfiance la célébrité et ses corolaires, adepte du dicton : « pour vivre heureux, vivons cachés ». « Le fait que toute ma famille ait choisi la lumière, la scène, j’en suis enchantée. Mais je suis aussi très heureuse d’être de l’autre côté. C’est précieux. Cette position m’offre un point de vue différent. Quand tu es backstage, quand tu es dans le public, tu ressens les choses ».  Ressentir l’harmonie entre un public et un artiste. Ou le trop plein, parfois. « J’avoue ne pas trop aimer la fan-attitude. C’est quelque chose que je fuis. Je n’aime pas les fanatiques, à tous les niveaux ». Une prudence qui la pousse à préférer le réconfort de l’ombre. D’autant que la jeune femme possède un caractère entier, affirmé. Et ne s’estime pas armée, bien que douée d’une grande autodérision, pour subir les affres de la renommée : « Je crois qu’il faut être affermi pour vivre et supporter cela. Etre artiste, c’est accepter de se partager, de se morceler. Etre soi-même et, par instants, devenir quelqu’un d’autre, porter un masque en présence d’admirateurs qui attendent beaucoup de vous. Or moi, je suis entière. Je suis trop égoïste, peut-être. Je ne me partage pas. Matthieu a de la chance. Ses admirateurs sont globalement bienveillants. Ils se tiennent à distance, s’approchent de lui presque en s’excusant. Ils ne vont pas jusqu’à lui arracher la chemise ou le suivre partout. Mais tout de même : je ne pourrais pas être artiste de scène pour ces raisons ».

 

Une conscience de soi, de ses désirs, de ses limites aussi, dont on peut penser qu’elle influença le choix de métier d’Emilie, bien que celui-ci ne s’imposa pas immédiatement à la jeune femme, démunie du baccalauréat A3-théâtre mais non dépourvue de débrouillardise. Car l’essence même du réalisateur, c’est justement d’être en capacité d’être en retrait de la scène, tout en lui donnant souffle et vie. Cette profession, Emilie la découvre par touches. Elle se familiarise d’abord avec le milieu du cinéma. « Une fois mes études enterrées (rires), mon père m’a dégoté un petit stage dans le milieu du doublage. Je n’étais pas payée, bien sûr, mais j’ai beaucoup appris de cette expérience qui a duré 3-4 mois. J’étais mordue. Puis j’ai enchainé d’autres expériences, toujours dans le milieu du cinéma, presque toujours bénévolement, en tant qu’assistante de l’assistante, etc. ». Ce qu’il faut comprendre ce de débourrage, c’est qu’Emilie s’est faite seule. S’est construite seule, tant artistiquement que professionnellement. Le coup de pouce paternel fut précieux, mais non déterminant. La détermination n’était pas familiale. Elle était intime. Personnelle. Emilie avait vu, humé, senti, expérimenté. Et sa conviction était faite : petits projets par petits projets, elle désirait devenir l’œil qui pense, qui compose et prête vie à l’imaginaire. Réalisatrice.

 

Autonome et dynamique, l’artiste en devenir fait ses premières vraies armes en tant qu’assistante de mise en scène pour des réalisations commerciales et/ou artisanales, poste dégotés à la seule force de sa débrouillardise. En parallèle, elle se lance dans un premier projet personnel. En 1993, elle réalise aux côtés d’Antoine Bonnin et d’autres amis un premier court de 9mn, désormais introuvable (quoique visible dans la Salle des collections du Forum des images), « un pauvre film qui a eu son petit succès d’estime » : Shoes for show. Réalisé dans le cadre du Festival des jeunes reporters de la vidéothèque de Paris, il dresse le portrait de M. Clairvoy, 84 ans, alors dernier artisan-chausseur de spectacles à Paris, dont les créations sont portées et montrées tant dans les divers cabarets de la ville que par Aznavour, Montand ou Signoret. Le portrait d’un artisan de l’ombre, comme une sorte d’autobiographie anticipée, de révélateur profond, peut-être inconscient, de ses propres aspirations. Ce « pauvre film » remporta 3 des 5 prix décernés cette année là par le Festival. Et transmit à Emilie, s’il en était encore besoin, un supplément de motivation quant à ses envies de réalisation.

 

Le virage du vidéo-clip est pris l’année suivante. Lors d’un long séjour au Kenya, à Nairobi, aux côtés d’un de ses amis d’enfance musicien, Matthieu Boogaerts, une idée germe dans leur esprit. « Les blacks riaient de nos têtes de blancs et surtout de celle, hirsute, de Matthieu. Et c’est parti de là. L’idée de faire un clip. On a eu l’idée de couper les cheveux de Matthieu et de lui raser la barbe ». A leur retour en France, Emilie signe le premier clip de la seconde moitié du groupe Tam-Tam : Ondulé. Un plan séquence osé, sans droit à l’erreur, bouclé en une prise unique, qui lance la carrière de Booagerts, lui permet de signer dans un premier label, en forme de coup de maitre pour la jeune réalisatrice. Gonflée de self-confiance, la voilà glissant, filant sur les rails posés par elle. « J’ai décidé de foncer dans cette voie. Et c’est vrai qu’après ce premier essai,  j’ai fais beaucoup d’autres clips, beaucoup de réalisations autour de la musique. Parce que j’adore la musique. Parce que ça s’est fait assez naturellement. Et puis parce que j’ai eu la chance de bosser avec des artistes dont j’adore l’univers ».

 

Réalisation : Emilie Chedid (1994 / Ondulé / M. Boogaerts / Remark)

 

Artistes au premier rang desquels son jeune frère. Après avoir joué aux côtés de Boogaerts au sein du groupe Tam-Tam, après avoir accompagné à la guitare Sinclair, NTM et bien d’autres, Matthieu Chedid publie un premier album solitaire en 1996, Le Baptême. Son ainée réalise ses premiers clips : Machistador puis Nostalgic du Cool, nouveau plan-séquence au sein duquel apparaissent, déjà, Joseph et Anna. Elle affirme un style très graphique, soignant tout particulièrement sa photographie, souvent nimbée d’une atmosphère surréaliste. Souvent missionnée par son presque-jumeau de frère, infatigable, énergique au travail, directive en plateau et en dehors (« J’étais souvent la première à danser. Encore aujourd’hui, lors des concerts récents de Joseph et Anna. Dès qu’on peut danser, je danse. Je prends de la place (rires) … »), elle y gagne de mythiques surnoms, immortalisés en chanson. « Emilie 1000 volts », qui donna naissance au titre éponyme sur lequel Matthieu lance un « Milouchka, danse, danse avec moi ! ». 

 

Réalisation : Emilie Chedid (2001 / Extrait du Tour de M)

 

Talentueuse, Emilie collabore avec de nombreux autres artistes, produisant et réalisant ses films au sein de sa société artisanale audiovisuelle fondée en 1999 et fermée en 2011 : La Bohème Films. Elle travaille aux côtés de Keren Ann, avec laquelle s’opère un véritable coup de cœur amical et pour laquelle elle réalisera 6 clips, dont Ailleurs ou Au coin du monde. Dans ce court, Emilie magnifie sa maitrise du plan séquence, genre qu’elle affectionne particulièrement comme s’il était porteur d’un supplément d’âme, d’une authenticité propre. Parce qu’il suggère, malgré les coupes savamment distillées, une unité du jeu, une unité de la forme, comme une absence de tricherie. Tout en trichant, parfois. Emilie aime jouer avec les codes, exciter l’imaginaire. Sa caméra n’est jamais immobile. Elle est un acteur de l’histoire contée. Au travers d’elle,  dans ses mouvements, dans sa lenteur aussi, Emilie se montre et se dévoile. S’y donne à contempler un regard bienveillant, amoureux peut-être. Un regard actif. Parce que l’artiste est fidèle. Parce que l’artiste ne se contente pas de répondre à des commandes : elle échange, suggère, propose et se laisse proposer, entre en communion, lorsque cela lui est possible, avec l’interprète à mettre en scène. Emilie ne triche pas. « L’intégrité » est son moteur, comme le chantait son frère. « Je pars du principe que la vie est courte, que c’est merveilleux d’avoir la chance de pouvoir travailler avec des gens qu’on aime, avec qui on s’entend bien. Il est vrai que ce sont pour moi des valeurs importantes. Les équipes techniques, les gens avec qui je travaille dans mon métier, les décorateurs, les monteurs, etc. : ce sont des gens avec qui j’aime travailler, qui m’apportent beaucoup, mais en plus humainement avec qui je m’entends bien, avec lesquels existe  un esprit complémentaire ou créatif. Il y a quelque chose entre moi et ceux avec qui je travaille. Et, au même titre, entre moi et les artistes que je filme. Je suis beaucoup plus inspirée quand j’ai rencontré un artiste qui a une sensibilité qui me touche. Tu vois ce que je veux dire ? Et c’est vrai que dans ma vie j’ai beaucoup refusé de projets ».

 

Réalisation : Emilie Chedid (2002 / Au coin du monde / Keren Ann)

 

La lecture attentive des nombreuses collaborations d’Emilie Chedid, en ce sens, ne trompe pas. Peut-être par désir de mettre en lumière une véritable réflexion, une œuvre pensée, elle ne travaille quasi-exclusivement qu’avec des auteurs-compositeurs aux talents certains. Jugez plutôt : Mouss et Hakim de ZebdaPauline Croze (Larmes), Joseph d’Anvers (Comme un souffle), Tryo (Monsieur Bibendum), Maxime le Forestier (DVD Les Leçons de musique : Le Forestier joue Brassens), Lulu Gainsbourg (Lady Luck), Selim (Paranoïa) etc. Une exception notable toutefois, la réalisatrice ayant par deux fois collaboré avec une chanteuse uniquement interprète  (mais quelle interprète, muse des Brassens, Gainsbourg, etc.), Juliette Gréco« Juliette Greco, quand on me l’a proposée, j’étais hyper contente, hyper flattée. Quand je l’ai rencontrée, j’étais très intimidée… Mais elle est tellement sympa, elle met tellement à l’aise. Elle est merveilleuse, intelligente, et très gentille, prévenante, très drôle. J’ai vraiment eu une chance inouïe au cours de ma carrière : j’ai rencontré des artistes merveilleux ».

 

Dans son travail avec les chanteurs et chanteuses rencontrés, Emilie est généreuse. Sensible aussi. Ambitieuse, toujours. Portée par le désir d’enrichir d’une dimension nouvelle le travail de l’artiste rencontré. « Je donne beaucoup de place, j’adore travailler avec les artistes, j’ai envie qu’ils se sentent à l’aise. J’ai envie de me nourrir de leur vision. […] Moi je raconte des histoires en images. Eux racontent des histoires en paroles et en musiques. Reste à trouver l’alchimie. A ce que l’image et la musique se mélangent. Dans un clip, on porte quelque chose à deux. Eux dans la lumière et moi dans l’ombre, mais à deux tout de même. Je suis très partie prenante et j’adore accompagner les artistes jusque dans leur création d’albums. Parfois, ils n’ont pas beaucoup de recul quant à leur création et viennent de terminer un disque dont il faut faire le premier clip. Parfois les pochettes ne sont mêmes pas encore terminées. J’interviens souvent à des stades très préliminaires de la création. Et je trouve qu’il est très intéressant de proposer une image, fixe ou mobile. C’est cela, la constante de mes activités : fabriquer une image. C’est un peu comme de la direction artistique, presque du relooking. Il y a certaines personnalités que j’ai beaucoup transformées ».

Photographie d'une installation par Emilie Chedid (collection personelle)

Photographie d'une installation par Emilie Chedid (collection personelle)

Aujourd’hui, Emilie travaille en indépendante pour diverses sociétés de production, et réalise moins de clips musicaux. « Je pense que c’est quand même un truc de jeunes ». Ce qui ne l’empêche pas d’y regoûter avec malice. Sans calculs ni préméditation. Ce fut le cas récemment avec la mise en image des titres F.O.R.T. et On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime des Chedid, posant un regard naturel, dépouillé et chaleureux sur les autres membres de sa tribu. Ou lors de la réalisation du premier clip de Selim aka Joseph Chedid, Paranoïa, en 2014, puis des Sirènes en 2015. Lassée des contraintes, plus que jamais avide de liberté artistique, trait de caractère que les années n’ont pas affadi, Emilie quête l’amusement, le lâcher prise - constante familiale. « Sur le clip Paranoïa de Joseph, on s’est éclatés complètement. J’avais écouté sa chanson, que j’aimais beaucoup, et j’ai proposé une idée, une trame, qu’il a enrichie de ses inspirations. Joseph en slip … On se l’est permis parce qu’on n’avait rien à perdre. Il n’avait pas de maison de disque, pas d’éditeur. Pas de carcan. On a autoproduit ce clip avec très peu de moyens, dans une ambiance court-métrage, entourés par une équipe formidable et bénévole. Et on avait éperdument envie de s’amuser. Car c’est  vrai que souvent, dans le milieu du vidéo-clip, nous sommes limités par des contraintes ridicules : ne pas fumer, ne pas boire, etc. Dans Paranoïa, ils fument tous des clopes, ils boivent du vin … et moi j’avais envie, j’avais un besoin énorme de placer tous ces petits trucs. Non pas d’en faire le cœur de l’histoire : ce n’est pas ce que j’avais envie de raconter. Mais tous ces petits détails font du bien ».

 

Réalisation : Emilie Chedid (2014 / Making-of de Paranoïa / Selim)

 

Cette parenthèse 2014-2015, cette « Ched-mania » comme elle aime à la nommer, s’est invitée dans sa vie très naturellement, sans préméditation. Elle y a réalisé les clips des membres de sa famille, mais aussi un documentaire sur les coulisses de l’enregistrement de l’album des Chedid aux studios La Fabrique, des bandes annonces pour le projet La B.O² -M-, elle y a assuré aux côtés de Tristan Carné la captation de leur concert du Palais Garnier disponible depuis sur Netflix, etc. Une période foisonnante, créative, durant laquelle, par étroitesse d’esprit, certains en vinrent à oublier la singularité de l’artiste, ses projets antérieurs, pour la réduire au rang de « faire-valoir » familial. « Lorsque tu travailles avec les membres de ta famille, artistes merveilleux par ailleurs … l’idée d’un manque de légitimité totale s’insinue dans l’esprit de certaines personnes. Comme si je ne faisais que donner un coup de main. Comme si je n’étais pas véritablement artiste.  Et pour tout dire, c’est con. Je trouve ça fondamentalement injuste parce que je prends autant de plaisir à bosser avec ma famille qu’avec d’autres musiciens. Il y a autant de cœur et d’investissement placés dans les deux cas. Et si je me fiche du regard qu’on peut porter sur moi en tant que personne, cela me gène davantage quand il s’agit de ma légitimité en tant que réalisatrice, directrice artistique … ».

 

Vision réductrice et ridicule quant à celle qui, bien avant les autres membres de sa fratrie, par ingéniosité et audace, embrassa la voie de la création. Qui su, au cours de ses désormais 25 années de carrière(s), se réinventer, explorer de nouveaux terrains de jeu. Hors du clip dans lequel elle eu à cœur, continuellement, d’expérimenter de nouveaux langages et de triturer l’image, elle réalisa quelques documentaires (Souvenir de Galgon en 2007, conçu collectivement en 2 jours et sous contraintes : prix du jury du Festival d’Asques et d’ailleurs), plusieurs publicités (pour la Française des Jeux, les Petit Suisse Gervais, Heudeubert, etc.), des captations de concerts (Les Saisons de PassageLe Tour de -M-, etc.). Elle écrivit aussi nombre de scenarii, exposa quelques uns de ses travaux photographiques à la Galerie Survolt en 1999, mis en scène une pièce de théâtre, Le bout du rouleau, en 2005, etc.

 

Réalisation : Emilie Chedid (2001 / Loto Halloween​ / Française des Jeux / Alice)

 

Elle assura la direction artistique d’artwork d’albums, d’un site internet, la mise en scène de spectacles et concerts (en collaboration avec James Thierrrée, Dimitri Vassiliu, Jérémy Bargues ou Laura Léonard), etc. Elle créa et produisit 7 DVD, dont un fut récompensé, en 2005, par la première « Victoire de la musique du meilleur DVD musical ». Une reconnaissance de ses pairs en forme de pied de nez aux peu-pensants. Sur la scène du Zénith de Paris Matthieu soutint, accompagna, ému, son ainée, qui brillait, irradiait sous le feu des projecteurs, ce soir là. Comme elle le fit tant d’autres fois, côté coulisses, par sa pugnacité, son imaginaire et sa capacité d’émerveillement. Comme elle le fera encore longtemps …

Emilie Chedid lauréate de la Victoire du meilleur DVD musical en 2005 (© BestImage / France 2)

Emilie Chedid lauréate de la Victoire du meilleur DVD musical en 2005 (© BestImage / France 2)

Emilie Chedid est une femme humaniste, idéaliste, enrichissante. Aux convictions personnelles affirmées, qui transpirent dans son œuvre. « Humaniste ? J’aime l’humain, j’aime les gens. J’ai envie de davantage de justice dans ce monde fondamentalement injuste. Je suis une utopiste qui croit en ses rêves. Il y a chez moi un coté adolescent rebelle, qui leur dit : vous me faites chier, vous êtes des cons,  je vous déteste ». Une artiste libre. Rebelle. Pas au sens politique du terme. Au sens intime. Une artiste qui ne prémédite pas, se laisse guider par ses envies, par les rencontres. Qui laisse libre cours à son inventivité. Et qui fourmille de mille projets. Marqués du sceau de la « ched-mania », comme un bras d’honneur assumé aux esprits de courte-vue. « Je suis en train d’écrire un film, un long métrage, autour de ma famille mais au sens large. Je vais y parler de nos ancêtres. Mais pour l’instant ce projet est au stade de l’écriture. Il y a un producteur qui me suit là dessus mais c’est encore un peu frais. Existe aussi un projet de clip avec Anna la semaine prochaine (fin octobre 2015, clip illustrant le titre Mon âme mélodique, ndlr.) ».

 

Qu’en est-il du cinéma, terrain propice, s’il en était besoin, à l’affirmation de ses talents certains ? Le site Apar.tv, dans un des très rares papiers consacrés à Emilie Chedid présents sur la toile, l’invectivait en ce sens, en septembre 2014 : « Elle doit s’attaquer à la conquête du grand écran. […] Réaliser est dans son ADN. On n’attend plus qu’elle dans le cinéma français. Espérons qu’elle nous lise ». Pas de projet concret en ce sens, à l’heure actuelle. Mais des songes éveillés qui pourraient un jour, peut-être, se matérialiser, comme une suite logique à sa carrière de clippeuse à contre-courant, libre et habile : « Je rêve de réaliser un film en forme de comédie musicale. Si un jour je passe au long métrage, je souhaiterais le faire ainsi ». Chiche ?

 

 

 

LE PORTRAIT CHINOIS D’EMILIE CHEDID

 

 Si tu étais un livre ? Le livre des couleurs

 

Un Objet ? Une théière

 

Une couleur ? Bleu turquoise

 

Un album de musique ? Ram de Paul Mc Cartney

 

Un film ? Le magicien d’Oz

 

Un végétal ? Une lavande

 

Une époque ? Les années 1970

 

Un adjectif pour te définir ? Multiple

 

Un adjectif pour définir Matthieu ? Singulier

 

 

Je remercie tout particulièrement Emilie Chedid pour sa gentilesse, sa bonne humeur et sa bienveillance lors de l'entretien réalisé en date du 20 novembre 2015, aux sous-sols du Palais de Tokyo, à Paris. Je remercie également Laurence d'avoir permis sa réalisation. Meremptah

 

LA CARRIERE D'EMILIE CHEDID EN QUELQUES IMAGES

Capture de Shoes for Show, premier court-métrage d'Emilie Chedid (1993)

Capture de Shoes for Show, premier court-métrage d'Emilie Chedid (1993)

Réalisation : Emilie Chedid (1997 / Pub "Petit Suisse" / Gervais / Young and Rubicam)

 

Réalisation : Emilie Chedid (2004 / Extrait des Leçons de musique de M)

 

Publicité pour le DVD Juliette Greco : Album Olympia 2004 réalisé et produit par Emilie Chedid

 

Réalisation : Emilie Chedid (2004 / A tes souhaits / Matthieu Chedid)

 

L'envers du tournage du clip Monsieur Bibendum de Tryo par Emilie Chedid (Reportage France 3 / 2005)

"Pauline Croze" - Photos de presse par Emilie Chedid (2005)

"Pauline Croze" - Photos de presse par Emilie Chedid (2005)

Réalisation : Emilie Chedid (2007 / Petite pute / Austine)

 

Réalisation : Emilie Chedid (2011 / I know what you did / Medi / Atmospheriques)

 

Réalisation : Emilie Chedid (2014 / Paranoïa / Selim)

 

Réalisation : Emilie Chedid (2014 / Lady Luck / Lulu Gainsbourg) - Avec l'apparition de Bibou aka Sébastien Pujol, comparse des Tryo, ayant interprété le rôle de M. Bibendum dans le clip éponyme réalisé par ... Emilie Chedid.

 

Réalisation : Emilie Chedid (2015 / On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime / Famille Chedid)

 

 

 

 

 

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