Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L'AUTEUR - MEREMPTAH

 

 

"Matthieu Chedid -M- par 2yeuxet1plume - Meremptah" alterne tant des billets scrutant l'actualité et les mystères de cet artiste guitariste (informations très souvent fournies par -M- lui-même ou ses équipes)  que des articles plus personnels : photographie, écriture, découvertes musicales, etc.

 

  Armé d'un Pentax K5, fidèle filet d'images, je capture par exemple, au gré de mes envies, instants de vie et tableaux naturels. Pas de sujets de prédilection, si ce n'est le beau, l'incongrus, l'intéressant.

 

Professeur d'Histoire Géographie, parolier SACEM, j'adresse un petit clin d''oeil à mes chers élèves de passage, anciens ou actuels : eh non, vos enseignants ne se morfondent pas, une fois les cours terminés, dans d'austères livres poussiéreux et barbants ... enfin, pas que !

 

 
~ 2 yeux 1 plume ~
Autour de Matthieu Chedid par Meremptah
 
 

L'ACTU DE MATTHIEU CHEDID -M-

________________________________________________

 
 

CONTACTS

________________________________________________

 

 

Nous envoyer un message privé

 

Contacter Autour de Matthieu Chedid 2yeuxet1plume

 

3 janvier 2016 7 03 /01 /janvier /2016 16:30
 

Autour de Matthieu Chedid -M- / Portrait rare d'une artiste libre et multiple : Emile Chedid

 

En ce mois d’octobre 2015, les Chedid sont sous le feu des projecteurs. D’émissions radio en plateaux de télévision, les quatre artistes qui la composent présentent l’album symbole de l’aventure unique qui les a conduits, les mois précédents, à livrer ensemble plus de 30 concerts. C’est ainsi, en tous les cas, que nombre de médias donnent à voir cette famille scénique et singulière : comme une tribu quadricéphale de compositeurs-interprètes constituée de Louis, Matthieu, Anna et Joseph. Ce tableau coutumier est pourtant incomplet. Il ignore une figure bienveillante et nécessaire, une femme de l’ombre ayant posé sa pate experte sur cette odyssée familiale, une artiste inspirée dont tout un chacun a déjà pu apprécier le travail et la force de proposition au cours du quart de siècle passé, sans en connaitre l’existence. Ou, par facilité de l’esprit, en sous-estimant son rôle, ses talents, ses mérites. Cette créatrice, cette pierre angulaire du clan Chedid, nous l’avons rencontrée. Elle s’est livrée à 2yeuxet1plume lors d’un entretien rare, avec gentillesse et subtilité. Drôlerie aussi. Au naturel. Portrait filé d’une artiste aussi entière que discrète : Emilie Chedid.

Emilie Chedid, une artiste libre et multiple (© E. Chedid / Autoportrait)

Emilie Chedid, une artiste libre et multiple (© E. Chedid / Autoportrait)

Emilie Chedid est née à la toute fin de l'automne 1970. A la veille d'un hiver rigoureux. Elle en a conservé, par esprit de contrariété peut-être, une forte chaleur intérieure. Fille ainée de Louis et de Marianne Chedid, elle grandit dans l’ouest parisien. Elle n’a pas soufflé sa deuxième bougie qu’un petit frère lui est donné : Matthieu. Bien souvent, lorsque frères et sœurs ont des âges approchants, ils sont chien et chat l’un pour l’autre. L’entente est malaisée. Rien de tout cela chez les Chedid. « Nous étions proches. Nous n’avons qu’un an d’écart. Nous avions donc les mêmes copains. On faisait beaucoup de choses ensemble … ».

 

Complices, Emilie et Matthieu bénéficient d’une atmosphère familiale saine et équilibrée. Rien d’évident a priori. La jeune fille n’a que 8 ans lorsque son père rencontre ses premiers grands succès, avec des titres comme La Belle ou T’as beau pas être beau, sur lequel elle assure les chœurs, accompagnée de son petit frère. La réussite aurait pu changer l’homme, peser sur son foyer, son équilibre, comme pour tant d’autres artistes. Il n’en fut rien. « J’ai très bien vécu la célébrité de mon père. Nous n’avons jamais été plongés dans le star system par des parents impudiques qui nous auraient exhibés sur les couvertures des magasines peoples. Nos parents nous ont protégés, nous ont offert une enfance normale. Nous avons fait la quasi-totalité de notre scolarité dans des établissements publics : nous n’avons pas été placés sous cloche. »

 

Proches, Emilie et son presque-jumeau de frère n’en sont pas moins différents. « Matthieu était un grand lunaire. J’ai toujours été plus ordonnée, rigoureuse, même si j’ai un côté bordélique, comme tous les membres de ma famille. Il y a de cela, de cette légère opposition de style dans nos rapports, depuis toujours.  Je suis la sœur ainée. Celle qui se faisait engueuler par les parents parce qu’elle était responsable des plus petits et qui devait avoir l’œil sur tout. Donc fatalement, j’étais parfois un peu saoulée lorsque les autres ne rangeaient pas derrière eux (rires) ». Une divergence des caractères qu’Emilie retranscrivit dans le script du clip du Complexe du Corn-Flakes qu’elle réalisa en 2000 et dans lequel les deux cadets de la famille, Anna et Joseph, jouèrent le rôle de leurs ainés adolescents. A leur propos, Emilie confie : « Avec Jojo et Anna, on a 15-16 ans d’écart. J’étais adolescente quand ils sont nés. Ce qui a créé des rapports assez légers avec eux. Aujourd’hui, la différence d’âge se sent moins. Nos rapports sont superbes, touchants, complices ».

 

Réalisation : Emilie Chedid (2000 / Complexe du Corn Flakes​ / Matthieu Chedid -M- / Delabel)

 

Si Emilie grandit dans une atmosphère équilibrée, propice à l’épanouissement personnel, sa scolarité n’en bénéficie pas pleinement. Peut-être rêveuse, peu réceptive à un enseignement trop axé sur l’autorité, rebelle aussi. Un déphasage partagé par Matthieu, pour des raisons diverses. Tous deux errent dans les salles de classe sans véritablement s’y trouver, esprits vagabonds et décalés. Leurs parents, inquiets bien qu’ayant eux-mêmes détesté l’école  - ou peut-être pour cette même raison - décident d’expérimenter, de les extraire du cursus traditionnel. « Vers la 3ème, nous avons été inscrits dans un établissement privé, aux alentours de Sèvres-Babylone (au Cours Montaigne de Paris, ndlr). Je m’en souviens parce qu’à ce moment là, on commençait à être vraiment très mauvais. A dire vrai, on a toujours été mauvais à l’école. Nos parents ont choisi ce type d’établissement car sinon, il aurait fallu nous choisir une sorte de voie de garage, et nous aurions stoppé nos scolarités ».

 

Un virage en forme de révélation pour Emilie et Matthieu. Non pas qu’ils aient bénéficié d’une subite révélation pédagogique. Leur Lycée est, sur le plan des résultats, des plus chaotiques. Si Matthieu reste chez lui le jour de l'examen du baccalauréat après une fin de Lycée vécue dans une certaine désinvolture - s’étant évadé les six mois précédents en tournée avec quelques copains musiciens -, Emilie le passe ... sans se donner la peine d'aller en consulter les résultats, par conviction chevillée au corps que son destin professionnel peut emprunter d’autres chemins.

 

Au Cours Montaigne de Paris enseignait un « professeur de français merveilleux », Serge Lascar, aujourd’hui auteur pour la télévision (Une famille formidable, etc.), le cinéma ou le théâtre - trajectoire enviable et inspirante s’il en est … ! Un professeur qui fit office de révélateur, tant pour Emilie que pour un Matthieu timide et complexé par son surpoids, affublé de surnoms assassins par de prévenants amis. « Serge Lascar dispensait des cours de théâtre le dimanche, auxquels on s’est inscrits. Ce fut le début d’une révolution totale, pour Matthieu comme pour moi. Matthieu, qui était très timide et mal dans sa peau à l’époque, a commencé à s’extérioriser. Dès qu’il foulait les planches, il était d’une drôlerie ! Il adorait monter sur scène, improviser, jouer. Il semblait fait pour ça. A peine occupait-il l’espace que tout le monde riait. Sans qu’il ne fasse rien, sans qu’il ne dise rien, le public était plié en 4. J’ai rapidement compris qu’il resterait là. Sous les projecteurs. Même si, au départ, j’ai pensé qu’il serait comédien ».

 

La révélation frappe aussi Emilie. D’un naturel très ouvert, elle sympathise avec Serge Lascar. Elle joue, bien sûr. Mais surtout,  elle devient la plus énergique et entreprenante élève de son professeur, s’impliquant dans l’organisation des spectacles donnés par la troupe. Dans l’ombre, déjà, à participer à la mise en lumière d’une histoire, de personnes, d’idées. « J’étais très investie, y compris en coulisses. Surtout, même. C’est là que je me suis rendu compte qu’il fallait que je sois derrière. Que cela me plaisait terriblement. Tout est parti de là. J’adore créer, organiser, concevoir des décors, penser des mises en scène, raconter des histoires, etc. »

Autoportrait d'Emilie Chedid - Années 1990 (collection personnelle)

Autoportrait d'Emilie Chedid - Années 1990 (collection personnelle)

Car c’est là un des principaux traits de caractère d’Emilie. Un goût prononcé pour la tranquillité. Non pas la fainéantise, elle qui déborde d’énergie, toujours au travail. La tranquillité intérieure. Qui se retrouve jusque dans ses choix de vie : « J’ai des enfants, je vis à la campagne, j’ai des poules, j’ai un chat, des lamas (rires) … Je suis une parisienne qui vit à la campagne ».  Avide d’espace, de liberté peut-être, de cette même liberté qui contraria sa scolarité, elle observe avec méfiance la célébrité et ses corolaires, adepte du dicton : « pour vivre heureux, vivons cachés ». « Le fait que toute ma famille ait choisi la lumière, la scène, j’en suis enchantée. Mais je suis aussi très heureuse d’être de l’autre côté. C’est précieux. Cette position m’offre un point de vue différent. Quand tu es backstage, quand tu es dans le public, tu ressens les choses ».  Ressentir l’harmonie entre un public et un artiste. Ou le trop plein, parfois. « J’avoue ne pas trop aimer la fan-attitude. C’est quelque chose que je fuis. Je n’aime pas les fanatiques, à tous les niveaux ». Une prudence qui la pousse à préférer le réconfort de l’ombre. D’autant que la jeune femme possède un caractère entier, affirmé. Et ne s’estime pas armée, bien que douée d’une grande autodérision, pour subir les affres de la renommée : « Je crois qu’il faut être affermi pour vivre et supporter cela. Etre artiste, c’est accepter de se partager, de se morceler. Etre soi-même et, par instants, devenir quelqu’un d’autre, porter un masque en présence d’admirateurs qui attendent beaucoup de vous. Or moi, je suis entière. Je suis trop égoïste, peut-être. Je ne me partage pas. Matthieu a de la chance. Ses admirateurs sont globalement bienveillants. Ils se tiennent à distance, s’approchent de lui presque en s’excusant. Ils ne vont pas jusqu’à lui arracher la chemise ou le suivre partout. Mais tout de même : je ne pourrais pas être artiste de scène pour ces raisons ».

 

Une conscience de soi, de ses désirs, de ses limites aussi, dont on peut penser qu’elle influença le choix de métier d’Emilie, bien que celui-ci ne s’imposa pas immédiatement à la jeune femme, démunie du baccalauréat A3-théâtre mais non dépourvue de débrouillardise. Car l’essence même du réalisateur, c’est justement d’être en capacité d’être en retrait de la scène, tout en lui donnant souffle et vie. Cette profession, Emilie la découvre par touches. Elle se familiarise d’abord avec le milieu du cinéma. « Une fois mes études enterrées (rires), mon père m’a dégoté un petit stage dans le milieu du doublage. Je n’étais pas payée, bien sûr, mais j’ai beaucoup appris de cette expérience qui a duré 3-4 mois. J’étais mordue. Puis j’ai enchainé d’autres expériences, toujours dans le milieu du cinéma, presque toujours bénévolement, en tant qu’assistante de l’assistante, etc. ». Ce qu’il faut comprendre ce de débourrage, c’est qu’Emilie s’est faite seule. S’est construite seule, tant artistiquement que professionnellement. Le coup de pouce paternel fut précieux, mais non déterminant. La détermination n’était pas familiale. Elle était intime. Personnelle. Emilie avait vu, humé, senti, expérimenté. Et sa conviction était faite : petits projets par petits projets, elle désirait devenir l’œil qui pense, qui compose et prête vie à l’imaginaire. Réalisatrice.

 

Autonome et dynamique, l’artiste en devenir fait ses premières vraies armes en tant qu’assistante de mise en scène pour des réalisations commerciales et/ou artisanales, poste dégotés à la seule force de sa débrouillardise. En parallèle, elle se lance dans un premier projet personnel. En 1993, elle réalise aux côtés d’Antoine Bonnin et d’autres amis un premier court de 9mn, désormais introuvable (quoique visible dans la Salle des collections du Forum des images), « un pauvre film qui a eu son petit succès d’estime » : Shoes for show. Réalisé dans le cadre du Festival des jeunes reporters de la vidéothèque de Paris, il dresse le portrait de M. Clairvoy, 84 ans, alors dernier artisan-chausseur de spectacles à Paris, dont les créations sont portées et montrées tant dans les divers cabarets de la ville que par Aznavour, Montand ou Signoret. Le portrait d’un artisan de l’ombre, comme une sorte d’autobiographie anticipée, de révélateur profond, peut-être inconscient, de ses propres aspirations. Ce « pauvre film » remporta 3 des 5 prix décernés cette année là par le Festival. Et transmit à Emilie, s’il en était encore besoin, un supplément de motivation quant à ses envies de réalisation.

 

Le virage du vidéo-clip est pris l’année suivante. Lors d’un long séjour au Kenya, à Nairobi, aux côtés d’un de ses amis d’enfance musicien, Matthieu Boogaerts, une idée germe dans leur esprit. « Les blacks riaient de nos têtes de blancs et surtout de celle, hirsute, de Matthieu. Et c’est parti de là. L’idée de faire un clip. On a eu l’idée de couper les cheveux de Matthieu et de lui raser la barbe ». A leur retour en France, Emilie signe le premier clip de la seconde moitié du groupe Tam-Tam : Ondulé. Un plan séquence osé, sans droit à l’erreur, bouclé en une prise unique, qui lance la carrière de Booagerts, lui permet de signer dans un premier label, en forme de coup de maitre pour la jeune réalisatrice. Gonflée de self-confiance, la voilà glissant, filant sur les rails posés par elle. « J’ai décidé de foncer dans cette voie. Et c’est vrai qu’après ce premier essai,  j’ai fais beaucoup d’autres clips, beaucoup de réalisations autour de la musique. Parce que j’adore la musique. Parce que ça s’est fait assez naturellement. Et puis parce que j’ai eu la chance de bosser avec des artistes dont j’adore l’univers ».

 

Réalisation : Emilie Chedid (1994 / Ondulé / M. Boogaerts / Remark)

 

Artistes au premier rang desquels son jeune frère. Après avoir joué aux côtés de Boogaerts au sein du groupe Tam-Tam, après avoir accompagné à la guitare Sinclair, NTM et bien d’autres, Matthieu Chedid publie un premier album solitaire en 1996, Le Baptême. Son ainée réalise ses premiers clips : Machistador puis Nostalgic du Cool, nouveau plan-séquence au sein duquel apparaissent, déjà, Joseph et Anna. Elle affirme un style très graphique, soignant tout particulièrement sa photographie, souvent nimbée d’une atmosphère surréaliste. Souvent missionnée par son presque-jumeau de frère, infatigable, énergique au travail, directive en plateau et en dehors (« J’étais souvent la première à danser. Encore aujourd’hui, lors des concerts récents de Joseph et Anna. Dès qu’on peut danser, je danse. Je prends de la place (rires) … »), elle y gagne de mythiques surnoms, immortalisés en chanson. « Emilie 1000 volts », qui donna naissance au titre éponyme sur lequel Matthieu lance un « Milouchka, danse, danse avec moi ! ». 

 

Réalisation : Emilie Chedid (2001 / Extrait du Tour de M)

 

Talentueuse, Emilie collabore avec de nombreux autres artistes, produisant et réalisant ses films au sein de sa société artisanale audiovisuelle fondée en 1999 et fermée en 2011 : La Bohème Films. Elle travaille aux côtés de Keren Ann, avec laquelle s’opère un véritable coup de cœur amical et pour laquelle elle réalisera 6 clips, dont Ailleurs ou Au coin du monde. Dans ce court, Emilie magnifie sa maitrise du plan séquence, genre qu’elle affectionne particulièrement comme s’il était porteur d’un supplément d’âme, d’une authenticité propre. Parce qu’il suggère, malgré les coupes savamment distillées, une unité du jeu, une unité de la forme, comme une absence de tricherie. Tout en trichant, parfois. Emilie aime jouer avec les codes, exciter l’imaginaire. Sa caméra n’est jamais immobile. Elle est un acteur de l’histoire contée. Au travers d’elle,  dans ses mouvements, dans sa lenteur aussi, Emilie se montre et se dévoile. S’y donne à contempler un regard bienveillant, amoureux peut-être. Un regard actif. Parce que l’artiste est fidèle. Parce que l’artiste ne se contente pas de répondre à des commandes : elle échange, suggère, propose et se laisse proposer, entre en communion, lorsque cela lui est possible, avec l’interprète à mettre en scène. Emilie ne triche pas. « L’intégrité » est son moteur, comme le chantait son frère. « Je pars du principe que la vie est courte, que c’est merveilleux d’avoir la chance de pouvoir travailler avec des gens qu’on aime, avec qui on s’entend bien. Il est vrai que ce sont pour moi des valeurs importantes. Les équipes techniques, les gens avec qui je travaille dans mon métier, les décorateurs, les monteurs, etc. : ce sont des gens avec qui j’aime travailler, qui m’apportent beaucoup, mais en plus humainement avec qui je m’entends bien, avec lesquels existe  un esprit complémentaire ou créatif. Il y a quelque chose entre moi et ceux avec qui je travaille. Et, au même titre, entre moi et les artistes que je filme. Je suis beaucoup plus inspirée quand j’ai rencontré un artiste qui a une sensibilité qui me touche. Tu vois ce que je veux dire ? Et c’est vrai que dans ma vie j’ai beaucoup refusé de projets ».

 

Réalisation : Emilie Chedid (2002 / Au coin du monde / Keren Ann)

 

La lecture attentive des nombreuses collaborations d’Emilie Chedid, en ce sens, ne trompe pas. Peut-être par désir de mettre en lumière une véritable réflexion, une œuvre pensée, elle ne travaille quasi-exclusivement qu’avec des auteurs-compositeurs aux talents certains. Jugez plutôt : Mouss et Hakim de ZebdaPauline Croze (Larmes), Joseph d’Anvers (Comme un souffle), Tryo (Monsieur Bibendum), Maxime le Forestier (DVD Les Leçons de musique : Le Forestier joue Brassens), Lulu Gainsbourg (Lady Luck), Selim (Paranoïa) etc. Une exception notable toutefois, la réalisatrice ayant par deux fois collaboré avec une chanteuse uniquement interprète  (mais quelle interprète, muse des Brassens, Gainsbourg, etc.), Juliette Gréco« Juliette Greco, quand on me l’a proposée, j’étais hyper contente, hyper flattée. Quand je l’ai rencontrée, j’étais très intimidée… Mais elle est tellement sympa, elle met tellement à l’aise. Elle est merveilleuse, intelligente, et très gentille, prévenante, très drôle. J’ai vraiment eu une chance inouïe au cours de ma carrière : j’ai rencontré des artistes merveilleux ».

 

Dans son travail avec les chanteurs et chanteuses rencontrés, Emilie est généreuse. Sensible aussi. Ambitieuse, toujours. Portée par le désir d’enrichir d’une dimension nouvelle le travail de l’artiste rencontré. « Je donne beaucoup de place, j’adore travailler avec les artistes, j’ai envie qu’ils se sentent à l’aise. J’ai envie de me nourrir de leur vision. […] Moi je raconte des histoires en images. Eux racontent des histoires en paroles et en musiques. Reste à trouver l’alchimie. A ce que l’image et la musique se mélangent. Dans un clip, on porte quelque chose à deux. Eux dans la lumière et moi dans l’ombre, mais à deux tout de même. Je suis très partie prenante et j’adore accompagner les artistes jusque dans leur création d’albums. Parfois, ils n’ont pas beaucoup de recul quant à leur création et viennent de terminer un disque dont il faut faire le premier clip. Parfois les pochettes ne sont mêmes pas encore terminées. J’interviens souvent à des stades très préliminaires de la création. Et je trouve qu’il est très intéressant de proposer une image, fixe ou mobile. C’est cela, la constante de mes activités : fabriquer une image. C’est un peu comme de la direction artistique, presque du relooking. Il y a certaines personnalités que j’ai beaucoup transformées ».

Photographie d'une installation par Emilie Chedid (collection personelle)

Photographie d'une installation par Emilie Chedid (collection personelle)

Aujourd’hui, Emilie travaille en indépendante pour diverses sociétés de production, et réalise moins de clips musicaux. « Je pense que c’est quand même un truc de jeunes ». Ce qui ne l’empêche pas d’y regoûter avec malice. Sans calculs ni préméditation. Ce fut le cas récemment avec la mise en image des titres F.O.R.T. et On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime des Chedid, posant un regard naturel, dépouillé et chaleureux sur les autres membres de sa tribu. Ou lors de la réalisation du premier clip de Selim aka Joseph Chedid, Paranoïa, en 2014, puis des Sirènes en 2015. Lassée des contraintes, plus que jamais avide de liberté artistique, trait de caractère que les années n’ont pas affadi, Emilie quête l’amusement, le lâcher prise - constante familiale. « Sur le clip Paranoïa de Joseph, on s’est éclatés complètement. J’avais écouté sa chanson, que j’aimais beaucoup, et j’ai proposé une idée, une trame, qu’il a enrichie de ses inspirations. Joseph en slip … On se l’est permis parce qu’on n’avait rien à perdre. Il n’avait pas de maison de disque, pas d’éditeur. Pas de carcan. On a autoproduit ce clip avec très peu de moyens, dans une ambiance court-métrage, entourés par une équipe formidable et bénévole. Et on avait éperdument envie de s’amuser. Car c’est  vrai que souvent, dans le milieu du vidéo-clip, nous sommes limités par des contraintes ridicules : ne pas fumer, ne pas boire, etc. Dans Paranoïa, ils fument tous des clopes, ils boivent du vin … et moi j’avais envie, j’avais un besoin énorme de placer tous ces petits trucs. Non pas d’en faire le cœur de l’histoire : ce n’est pas ce que j’avais envie de raconter. Mais tous ces petits détails font du bien ».

 

Réalisation : Emilie Chedid (2014 / Making-of de Paranoïa / Selim)

 

Cette parenthèse 2014-2015, cette « Ched-mania » comme elle aime à la nommer, s’est invitée dans sa vie très naturellement, sans préméditation. Elle y a réalisé les clips des membres de sa famille, mais aussi un documentaire sur les coulisses de l’enregistrement de l’album des Chedid aux studios La Fabrique, des bandes annonces pour le projet La B.O² -M-, elle y a assuré aux côtés de Tristan Carné la captation de leur concert du Palais Garnier disponible depuis sur Netflix, etc. Une période foisonnante, créative, durant laquelle, par étroitesse d’esprit, certains en vinrent à oublier la singularité de l’artiste, ses projets antérieurs, pour la réduire au rang de « faire-valoir » familial. « Lorsque tu travailles avec les membres de ta famille, artistes merveilleux par ailleurs … l’idée d’un manque de légitimité totale s’insinue dans l’esprit de certaines personnes. Comme si je ne faisais que donner un coup de main. Comme si je n’étais pas véritablement artiste.  Et pour tout dire, c’est con. Je trouve ça fondamentalement injuste parce que je prends autant de plaisir à bosser avec ma famille qu’avec d’autres musiciens. Il y a autant de cœur et d’investissement placés dans les deux cas. Et si je me fiche du regard qu’on peut porter sur moi en tant que personne, cela me gène davantage quand il s’agit de ma légitimité en tant que réalisatrice, directrice artistique … ».

 

Vision réductrice et ridicule quant à celle qui, bien avant les autres membres de sa fratrie, par ingéniosité et audace, embrassa la voie de la création. Qui su, au cours de ses désormais 25 années de carrière(s), se réinventer, explorer de nouveaux terrains de jeu. Hors du clip dans lequel elle eu à cœur, continuellement, d’expérimenter de nouveaux langages et de triturer l’image, elle réalisa quelques documentaires (Souvenir de Galgon en 2007, conçu collectivement en 2 jours et sous contraintes : prix du jury du Festival d’Asques et d’ailleurs), plusieurs publicités (pour la Française des Jeux, les Petit Suisse Gervais, Heudeubert, etc.), des captations de concerts (Les Saisons de PassageLe Tour de -M-, etc.). Elle écrivit aussi nombre de scenarii, exposa quelques uns de ses travaux photographiques à la Galerie Survolt en 1999, mis en scène une pièce de théâtre, Le bout du rouleau, en 2005, etc.

 

Réalisation : Emilie Chedid (2001 / Loto Halloween​ / Française des Jeux / Alice)

 

Elle assura la direction artistique d’artwork d’albums, d’un site internet, la mise en scène de spectacles et concerts (en collaboration avec James Thierrrée, Dimitri Vassiliu, Jérémy Bargues ou Laura Léonard), etc. Elle créa et produisit 7 DVD, dont un fut récompensé, en 2005, par la première « Victoire de la musique du meilleur DVD musical ». Une reconnaissance de ses pairs en forme de pied de nez aux peu-pensants. Sur la scène du Zénith de Paris Matthieu soutint, accompagna, ému, son ainée, qui brillait, irradiait sous le feu des projecteurs, ce soir là. Comme elle le fit tant d’autres fois, côté coulisses, par sa pugnacité, son imaginaire et sa capacité d’émerveillement. Comme elle le fera encore longtemps …

Emilie Chedid lauréate de la Victoire du meilleur DVD musical en 2005 (© BestImage / France 2)

Emilie Chedid lauréate de la Victoire du meilleur DVD musical en 2005 (© BestImage / France 2)

Emilie Chedid est une femme humaniste, idéaliste, enrichissante. Aux convictions personnelles affirmées, qui transpirent dans son œuvre. « Humaniste ? J’aime l’humain, j’aime les gens. J’ai envie de davantage de justice dans ce monde fondamentalement injuste. Je suis une utopiste qui croit en ses rêves. Il y a chez moi un coté adolescent rebelle, qui leur dit : vous me faites chier, vous êtes des cons,  je vous déteste ». Une artiste libre. Rebelle. Pas au sens politique du terme. Au sens intime. Une artiste qui ne prémédite pas, se laisse guider par ses envies, par les rencontres. Qui laisse libre cours à son inventivité. Et qui fourmille de mille projets. Marqués du sceau de la « ched-mania », comme un bras d’honneur assumé aux esprits de courte-vue. « Je suis en train d’écrire un film, un long métrage, autour de ma famille mais au sens large. Je vais y parler de nos ancêtres. Mais pour l’instant ce projet est au stade de l’écriture. Il y a un producteur qui me suit là dessus mais c’est encore un peu frais. Existe aussi un projet de clip avec Anna la semaine prochaine (fin octobre 2015, clip illustrant le titre Mon âme mélodique, ndlr.) ».

 

Qu’en est-il du cinéma, terrain propice, s’il en était besoin, à l’affirmation de ses talents certains ? Le site Apar.tv, dans un des très rares papiers consacrés à Emilie Chedid présents sur la toile, l’invectivait en ce sens, en septembre 2014 : « Elle doit s’attaquer à la conquête du grand écran. […] Réaliser est dans son ADN. On n’attend plus qu’elle dans le cinéma français. Espérons qu’elle nous lise ». Pas de projet concret en ce sens, à l’heure actuelle. Mais des songes éveillés qui pourraient un jour, peut-être, se matérialiser, comme une suite logique à sa carrière de clippeuse à contre-courant, libre et habile : « Je rêve de réaliser un film en forme de comédie musicale. Si un jour je passe au long métrage, je souhaiterais le faire ainsi ». Chiche ?

 

 

 

LE PORTRAIT CHINOIS D’EMILIE CHEDID

 

 Si tu étais un livre ? Le livre des couleurs

 

Un Objet ? Une théière

 

Une couleur ? Bleu turquoise

 

Un album de musique ? Ram de Paul Mc Cartney

 

Un film ? Le magicien d’Oz

 

Un végétal ? Une lavande

 

Une époque ? Les années 1970

 

Un adjectif pour te définir ? Multiple

 

Un adjectif pour définir Matthieu ? Singulier

 

 

Je remercie tout particulièrement Emilie Chedid pour sa gentilesse, sa bonne humeur et sa bienveillance lors de l'entretien réalisé en date du 20 novembre 2015, aux sous-sols du Palais de Tokyo, à Paris. Je remercie également Laurence d'avoir permis sa réalisation. Meremptah

 

LA CARRIERE D'EMILIE CHEDID EN QUELQUES IMAGES

Capture de Shoes for Show, premier court-métrage d'Emilie Chedid (1993)

Capture de Shoes for Show, premier court-métrage d'Emilie Chedid (1993)

Réalisation : Emilie Chedid (1997 / Pub "Petit Suisse" / Gervais / Young and Rubicam)

 

Réalisation : Emilie Chedid (2004 / Extrait des Leçons de musique de M)

 

Publicité pour le DVD Juliette Greco : Album Olympia 2004 réalisé et produit par Emilie Chedid

 

Réalisation : Emilie Chedid (2004 / A tes souhaits / Matthieu Chedid)

 

L'envers du tournage du clip Monsieur Bibendum de Tryo par Emilie Chedid (Reportage France 3 / 2005)

"Pauline Croze" - Photos de presse par Emilie Chedid (2005)

"Pauline Croze" - Photos de presse par Emilie Chedid (2005)

Réalisation : Emilie Chedid (2007 / Petite pute / Austine)

 

Réalisation : Emilie Chedid (2011 / I know what you did / Medi / Atmospheriques)

 

Réalisation : Emilie Chedid (2014 / Paranoïa / Selim)

 

Réalisation : Emilie Chedid (2014 / Lady Luck / Lulu Gainsbourg) - Avec l'apparition de Bibou aka Sébastien Pujol, comparse des Tryo, ayant interprété le rôle de M. Bibendum dans le clip éponyme réalisé par ... Emilie Chedid.

 

Réalisation : Emilie Chedid (2015 / On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime / Famille Chedid)

 

 

 

 

 

2yeuxet1plume - Autour de Matthieu Chedid - Par Meremptah ~

Partager cet article

Repost 0
Billet écrit et publié par Meremptah - dans AUTOUR DE -M- (MATTHIEU CHEDID)
commenter cet article

commentaires

Sara Do 08/01/2016 17:55

Super article ! j'apprends ! je découvre et je me régale d'un talent "hors norme".
Merci au collecteur, récolteur, semeur qui délivre d'un large geste "auguste" toutes ces infos pleine de vie, qui nourrissent mon cerveau lent.

D'étoilement
Sara Do

Meremptah 14/01/2016 08:08

Merci à vous pour ces touchants mots ! :)