Et voilà. La France est "dégradée". Mais quelles conséquences pour le paysage politique français ? Voilà une question qui mérite d'être posée.
13 janvier 2012 - La France voit fondre son AAA, "trésor national" selon le gouvernement.
Intéressons nous donc aux conséquences électorales d'une telle nouvelle. Il ne s'agit pas d'être partisan, ne désirant pas afficher ostensiblement, ici, mes opinions politiques. Mais simplement de livrer un sentiment personnel, une vision sur ce que cette information sur-médiatisée dessine comme perspectives au vu des échéances du printemps 2012.
Le prochain président, donc, se prénommera François. Hollande ou Bayrou, avec Marine le Pen comme arbitre de l'issue du scrutin.
Nicolas Sarkozy - Un président qui peine à réveiller l'animal politique qui sommeille en lui, en cette année électorale.
En effet, il me semble que le Président sortant est disqualifié avant même de se lancer véritablement dans la bataille. Lui-même confiait, il y a quelques mois, à son entourage : "si on perd le AAA, on est morts". Le décès est acté. Nicolas Sarkozy n'arrive pas à adopter une ligne cohérente, limpide, lisible par les Français. Il apparait de plus en plus à l'opinion publique, de droite comme de gauche, que le Président navigue à vue, au gré des événements. Sarkozy ne bénéficie plus, aujourd'hui, de cette image d’animal politique, de fin stratège qui l'a porté au pouvoir il y a 5 ans. Sa stratégie, justement, était pour l'échénace à venir la suivante : mettre en place deux plans de rigueur "légers" afin de ne pas braquer l'électorat populaire, tout en repoussant le spectre d'une perte du AAA avant les élections présidentielles. Echec. Il avait aussi assis ses possibilités de réélection sur une bataille fratricide au P.S. durant et après les primaires. Nouvel échec. Nouvelle preuve que la Président n'est plus le visionnaire implacable de 2007.
Pour beaucoup d'analystes, le Président n'a pas de cap lisible depuis la perte actée du Triple A.
Le charme s'est totalement rompu, s’il existait encore, hier soir entre lui et ses réserves électorales, qui continuaient pourtant à voir en lui le garde fou d'un laxisme budgétaire pouvant conduire le pays au bord du gouffre. Car, et cela est désormais internationalement acté, le gouffre est tout proche. Et le dernier chauffeur du bus France était Nicolas Sarkozy. Il aura bien du mal à essuyer cette tâche, à mon sens indélébile, même si l'objectivité est de reconnaitre que la dette actuelle est héritée d'années d'alternances politique.
François Hollande, un candidat PS qui ne peut plus se voir opposé l'argument d'une rigeur nécessaire et ne pouvant être garantie que par l'UMP au pouvoir.
A qui profitera le crime, dès lors ? Aux candidats qui se posent en rupture avec le "système". Les "petits" sont aussi disqualifiés. Beaucoup de Français vont aspirer à se choisir un véritable capitaine, aux épaules suffisamment larges. Exit, donc, les Joly, Boutin, Villepin, Poutou, Lepage, etc. Je ne vois que Mélanchon, par son discours résolument marxiste, pouvoir dépasser le seuil des 5%. En fait, ceux qui à coup sûr profiteront de cette dégradation et du contexte à venir sont François Bayrou et Marine le Pen. François Hollande, quant à lui, devrait se stabiliser à son niveau actuel dans l'opinion, voire reculer légèrement, peut-être pour flirter avec les 20-23 % au premier tour. Les électeurs désirant le retour de la gauche au pouvoir ont déjà leur vote en tête en n'en changeront pas. Le spectre de 2002 rode encore. Voilà pour le PS.
Marine le Pen peut capitaliser sur l'euroscepticisme ambiant.
Marine le Pen va grimper encore. L'opinion est derrière elle, plus que jamais. 30% des Français partagent désormais l'opinion développée par son parti. Le parti de son père. Chiffre auquel on pourrait ajouter les Frontistes sympathisants non-assumés, toujours nombreux. Son positionnement anti "Euro", même s'il peut être considéré comme dangereux, séduira nombre de Français rendus inquiets par la crise de la dette souveraine liée à une monnaie unique trop forte, pénalisant les exportations, et surtout à une banque centrale européenne indécise, et incapable de s'engager comme prêteuse en dernier ressort.
François Bayrou peut croire en 2012.
Mais c'est surtout François Bayrou qui risque de capitaliser sur la perte du AAA. Il a achevé sa mue. Flash back vers 2007. A cette époque, il apparaissait comme opportuniste, un centriste par défaut et véritable libéral dans l'âme, eu égard à ses participations aux gouvernements Balladur puis Juppé. D'aucun pensait que l'élection passée, il se rangerait du côté du vainqueur. Et puis, qu'il était moralisateur, jurant qu'il fallait adopter une rigueur budgétaire importante au risque de plonger dans une crise insoluble ! 5 années ont passées. Sa prédiction s'est réalisée : il pourra sans peine s'appuyer dessus, au son d'un "si j'avais été élu, en serions nous là" ? Et il sera difficile de le contredire, à l'heure de l'Internet sauvegardant la trace de tous ses arguments de la dernière campagne.
De plus, il a fait le choix de la traversée du désert et, ça y est : pour les Français, il est véritablement devenu centriste. Ni de droite ni de gauche. Il a déjà beau jeu de taper sur ses principaux rivaux : "la perte du triple AAA est la conséquence des politiques laxistes des gouvernements successifs de droite comme de gauche", assène-t-il déjà. Voilà une stratégie qui pourrait faire mouche. Même si lui-même a participé activement, et de nombreuses années durant, à ces gouvernements qu'il critique aujourd'hui. Car sa disparition du paysage politique ces 5 dernières années, durant lesquelles il a échappé à la tentation de rapprochement vis-à-vis du PS ou de l'UMP, a fini de lui donner l'image de l'OVNI. Et, par là même, la possibilité d'incarner un changement, une rupture. Et d'opérer, par son positionnement, une "Union Nationale" dépassant les clivages des Partis. Voilà toute la ligne qu'il adoptera désormais. Ligne payante.
Les dynamiques électorales pour 2012.
En définitive, au printemps prochain, le 21 avril à l'envers semble, à mon avis, acté. La question porte, finalement, sur la configuration du second tour et sur la place de Marine le Pen au moment décisif. Si elle passe l'écueil du premier tour, le prochain président sera son adversaire : François Hollande, plus certainement, voire François Bayrou, s'il parvient à capter la dynamique et le champ qui s'offrent à lui. Mais j'en viens à imaginer un Deuxième tour entre les deux François. Dans ce cas de figure-ci, Bayrou partirait logiquement favori. C'est là tout le bénéfice du centre, qui rend ardu la capacité d'accéder au tour décisif, tout en étant un gage de victoire en cas de tête à tête, quel que soit l'adversaire.
L'un de ces deux François devrait devenir le 7ème président de la Vème République.
Ce sera donc un François... Pour ma part, je voterais sûrement pour celui de Gauche. Précision qui n'a pour seule utilité que de nourrir l'esprit critique des lecteurs que vous êtes, tout en réaffirmant mon désir, à l'écriture de ce texte, de livrer une analyse détachée de opinions partisannes, seulement fondée sur les dynamiques actuelles et à venir.
Et puis, cette "analyse" n'engage que moi !
Meremptah.
~ 2 yeux1plume ~



