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L'AUTEUR - MEREMPTAH

 

 

"Matthieu Chedid -M- par 2yeuxet1plume - Meremptah" alterne tant des billets scrutant l'actualité et les mystères de cet artiste guitariste (informations très souvent fournies par -M- lui-même ou ses équipes)  que des articles plus personnels : photographie, écriture, découvertes musicales, etc.

 

  Armé d'un Pentax K5, fidèle filet d'images, je capture par exemple, au gré de mes envies, instants de vie et tableaux naturels. Pas de sujets de prédilection, si ce n'est le beau, l'incongrus, l'intéressant.

 

Professeur d'Histoire Géographie, parolier SACEM, j'adresse un petit clin d''oeil à mes chers élèves de passage, anciens ou actuels : eh non, vos enseignants ne se morfondent pas, une fois les cours terminés, dans d'austères livres poussiéreux et barbants ... enfin, pas que !

 

 
~ 2 yeux 1 plume ~
Autour de Matthieu Chedid par Meremptah
 
 

L'ACTU DE MATTHIEU CHEDID -M-

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IMPORTANT - Il s'agit, ci-dessous, des premières pages rédigées d'un projet de "roman". Ce n'est nullement un texte en soit : manque une suite qui, lorsque je disposerais de plus de temps, sera éventuellement écrite.


Le dixième d’âme du Monde

 

 

Yann Bouvier




*   *   *




APRES-PROPOS

 

J’ai rendu l’âme. A qui ? Je l’ignore. Peut-être n’avais-je sur elle qu’un bail tacitement reconductible, dont le loyer était constitué des maintes douleurs qu’un propriétaire gourmand en dividendes faisait subir à son bien immatériel. Peut-être me l’avait-on juste prêtée, ou donnée à la suite d’un pari ignoble dont j’ignorais – pauvre Candide – le réel enjeu.

Les bras tendus, je l’ai rendue, presque malgré moi, cette âme dont seule me reste une part infinitésimale, une bouchée, une miette, une carcasse, un rien, un échantillon, une pièce, un cheveu de Gorbatchev, un lobe gauche de Van Gogh. C’est avec, grâce à cette aimable compensation – que des mathématiciens impassibles qualifieraient de « nulle », et des statisticiens de « très partielle » - que je vous parle, scripturalement parlant. Je blatère depuis un monde familier et étrange, chaleureux et froid, net et trouble, kaléidoscopique : le votre, l’ex-mien. Non pas qu’il ait changé : mes mirettes, si. Non pas qu’il ait disparu : mes globes, oui.

Je le vois, je vous observe, vierge, comme autrefois j’apercevais des rangées de lunettes, alignées dans leur grand écrin mural immaculé et nettoyé dans une poussée caractéristique d’anti-bacteriannisme aigue, au travers de nouveaux foyers non-encore adaptés à ma vision si capricieuse, presbyte et casse-couilles à la fois. Vous êtes donc flous, fous d’humains. Votre Terre aussi. Vous êtes flous à mes non-yeux, à mes jumelles-sansmiseaupoint. A ma perception non éduquée.

Et je jette sur ce monde de mon enfance, où vous vous ébattez, « Jeuxmobiles® », le regard d’un aveugle qui mieux qu’avant peut observer : car je ne vous connais pas, et me connais trop bien.

 

 

Feu Meremptah C. Lampoix dit « Dixième d’âme »

Depuis la main d’une transcommunicante

Appartement 20

9ème méridien

1985 Ici

 

 

I

 

Je fus et suis nombriliste. Immense qualité. Désireux de vous comprendre, je vais d’abord m’expliquer. De façon ennuyeuse et désuète : ainsi, j’aurais la certitude de ne pas trop bouleverser vos habitudes.

 

* * *

 

- C’est un garçon.

- Vous êtes sûre ?

- On le serait à moins ! Visez cet appendice…

- Il tient de moi, l’animal !

C’est, à quelques sons près, le dialogue qui accueillit ma sortie du vrai monde, et mon entrée dans le votre. C’est aussi, sûrement moins trivialement, et peut-être avec un vocable plus féminisé, de cette façon que vous êtes « venu(e)s au monde ». Il est intéressant de noter que personne n’est allé vous chercher, au-delà : vous êtes venus, point. Il est donc normal que vous aimiez votre vie : que d’ondemètres parcourus pour en profiter ! Ce n’est pas la religion qui condamne socialement le suicide : c’est la bêtise. A-t-on déjà vu un randonneur, arrivé à quelques mètres du sommet tant convoité, rouge d’efforts et trempé de sueur, s’exclamer « putain, qu’est-ce que je fous là » ?

A noter également que plus que la forme si singulière de votre nombril, plus que le timbre strident de votre premier cri symbolisant votre joie d’en avoir fini avec votre parcours usant d’arrivée, c’est votre sexe qui retient l’attention de ceux que l’on a coutume de nommer vos géniteurs, ou plus imparfaitement vos parents. Entrez, grenouilles rosées, dans cette société qui, toujours, prêtera une attention toute particulière à votre membrure, sans pour autant y paraitre. Entrez avec joie dans le monde qui s’offusqua de la représentation originelle qu’en fit Courbet. Ne faites pas comme moi. Ne criez pas de savoir. De connaitre la suite.

Mes parents, donc, me nommèrent – car chacun doit pouvoir être reconnu même absent – Meremptah. Meremptah, nom stylisé d’un pharaon et qui prédestina ma vie à venir : fils d’un père trop imposant, Ramsès II ou quelque chose comme cela, et que les hommes oublièrent vite du fait de cet ombrage héréditaire. KV8 : c’est ainsi qu’il vous faudra le présenter, en visitant la vallée des rois, afin d’être sûrs que l’on vous mènera bien à sa tombe. Multimillénaire et pourtant, comme vous tous, il n’est qu’un simple numéro.

Mon père, Bernard Lampoix, fils de Colinet Lampoix, le peu célèbre prestigitateur de Mouffetard-sur-Ifs à qui je dus mon deuxième intitulé que je remplaçais par magie par un C. impersonnel, était un fonctionnaire banal. Redondance. Un être humain, quoi ! Ses rêves sont restés dans le domaine de l’imagination : il ne me désirait pas, mais souhaitait ardemment que je réussisse là où il avait échoué. Vaste programme, impossible à réaliser en une seule existence.

Je crois savoir que la seule chose qui l’ait contenté fut ma mère. Mieux que rien, me direz-vous. Sauf que, allez savoir pourquoi, l’aimer ne l’empêchait pas de débarquer, butinant et voletant, sur d’autres archipels : « tu es mon seul continent, tu comprends, mais l’homme à besoin de voyager, de temps à autres ». Cette métaphore paternelle affligeante était finalement réaliste, puisque comme tout bon estivant du temps présent, Bernard allait d’autant plus loin que sa bourse se vidait. Je sais, jeu de mots gras.

Ma mère n’a pas eu de chance, ces mésaventures touristiques mises à part : ses parents étaient du genre grenouilles de bénitier, voire gargouilles de clocher. Tels ces statues merveilleuses qui ornent des édifices grisâtres soi-disant bâtis à la gloire de Dieu – le chanceux ! – ils semblaient accrochés aux flans de leur église. Je crois que s’ils l’avaient pu, ils l’auraient démontée pierre par pierre afin de bâtir dans leur jardin le plus parfait sanctuaire personnel qui soit. Car c’est bien connu, pour être proche du divin, il vous faut aller chez lui. Dieu ne se déplace pas à domicile : vous voulez qu’il vous entende, brulez lui un cierge, après la quête. Sinon, croyez vous qu’il vous écoutera ? Voyons… N’a-t-il pas fait l’Homme à son image ?

Ma mère, donc, fut élevée dans la plus pure tradition paysanno-christianno-deprimo-française. Premier mot à 11 mois. Première phrase prononcée à table à 12 ans : « puis-je, père, vous demander quelque-chose ? ». Pas d’adolescence, ni de règles, ni de premier baiser, ni de première fois, ni de désirs oblongues, ni d’envie d’indépendance : voilà la première vie de ma mère à ce que la sienne m’en a dit, peu avant de s’écrouler fatalement en ayant réalisé qu’elle parlait alors avec le fruit du péché de son fruit. Que sa fille avait baissé pavillon en somme. Et pas seulement.

Il faut toujours, à ce que j’ai pu observer, que les êtres humains réagissent ensemble comme l’eau le fait avec l’huile, de noix de préférence : même s’ils ne peuvent se confondre conjointement, l’un se place toujours au-dessus de l’autre. C’est ce que Bernard et ma mère firent après s’être malencontreusement croisés à la banque Dufochoix, un matin frileux de juillet – je suis mort et peux raconter n’importe quoi - , elle venant ouvrir un livret A, lui protestant contre la clôture non-désirée du sien. Dès lors, ils ne firent qu’un, les livrets. Et ils trouvèrent un équilibre certain.

 

* * *

 

Enfants, nous sommes fragiles et imbéciles. Voilà l’image que les grands, comme ils se définissent - plus pour leur intelligence que pour leur taille aiment-ils à penser, lorsqu’ils en sont capable-, donnent aux petits.

Fragiles :

« Arrête de courir, tu vas trop vite [n’est-ce pas le but ?]»

« La boue, ça tâche [je savais pas]»

« Dans 5-6 ans, promis, je ferais de ton tricycle une bicyclette [à 25 ans, je pourrais avoir un scooter ?]»

Imbéciles :

« Non, ce n’est pas une Beêêêhhhhh : c’est une Meuuuuuuhhhh ! [et toi un Hii Haaaannnnn]»

« Ton Papa et moi, on s’est fait pleins de bisous, et te voilà [mince : faut que j’en parle à Maya]»

« Bien sur que je ne préfère pas ta sœur : un père ne préfère personne [mais sa voiture…]»

« Ils se moquent de ton zozotement ? Tu sais, c’est très mignon. J’aurais aimé avoir la même chance. Toutes les filles adorent ça ! [ça masque les conneries]».

Et la meilleure :

«  Le plus important, c’est de ne faire l’amour qu’avec un être que tu aime tendrement et qui t’aime en retour [dis papa, pourquoi tu divorce ?]».

Personnellement, ils m’ont tout fait, et pire. Je m’étais donc auto-convaincu de mon inutilité sur cette Terre, dont je ne représentais qu’un six-milliardième de la population, moins en proportion qu’une cendre des gitanes que pu s’envoyer Tête de Chou en une année. Je fis l’expérience de cet amer constat assez tôt, sensible que j’étais aux nécessités cartésiennes qu’une boite insipide, bruyante et lumineuse m’avait inspirées.

Un soir que mon père rentrait de la Piscine – il s’y rendait tous les jours, et insistait sur le « P » majuscule, ce que je n’ai jamais très bien compris  -, énervé comme à son habitude, je me mis à hurler de ma plus désagréable voix afin de le pousser à bout, telle l’immonde souris noire à short rouge qu’une tante m’avait amené voir en un endroit secret et merveilleux que peuplent, à ce qu’on m’en a dit, renard archers et merlins lanchenteurs. Ainsi débutait mon expérience.

« A quoi y sert, l’bambin ? Fait que chialer l’autre chieur. Respirer, bouffer, caguer et pisser, et à part ça ? » s’énerva mon père, un marteau-piqueur dans la voix.

Les cours de biologie sommaire que je pris bien malgré moi à l’âge des points noirs et autres désagréments m’apprirent que, naturellement parlant, l’homme, en grandissant, ne fait pas grand-chose en sus.

A quoi sers-tu, lecteur ? Es-tu donc plus qu’un simple fertilisant sur pattes à l’utilité post-mortem et post-déjections ? Tu vois que non. De mon genou poussent des chienlits.

 

* * *

 

« 2 fois 3 égalent ?

- 6.

- 9 fois 2 ?

- 18.

- 6 fois 7 ?

- 44 !

BLAAAAMMMMMM !

Dix soleils tournoyaient. Pour la première fois, j’entendais mon père siffler sans qu’il ne mette sa bouche en cul de poule, de plus en plus fort. Insupportable. Sifflement de douleur. La tête sur le carrelage, après cette chute traumatisante, je ne pouvais que pleurer.

SPLAAAASSHHH !

Trempé maintenant. Un gout de javel dans la bouche : il n’avait que l’embarra du choix, Bernard. Il aurait pu m’arroser avec le pommeau de douche qui jouxtait son bras droit. Mais il choisit le seau dans lequel baignait depuis trois jours une serpillère grise des poussières auparavant mal balayées.

« T’es un mec, merde ! Relève-toi ! Je t’ai à peine touché. Si je m’roulais par terre à chaque bastos que j’me suis prises, ils n’auraient pas fini de s’marrer, les basanés ». Ma logorrhée n’étant pas encore à son apogée, je cru d’abord que mon paternel avait appris un langage méconnu.

« Papa… Je n’aime pas quand tu demande…

- Quand je demande quoi ?

- Les mut… les multiplications… j’aime pas !

- Tu crois que t’as l’choix ?

- 42.

- Bien… »

Je me dirigeais vers la porte de la salle de bain vert pomme familiale, espérant le couloir qui se cachait derrière.

« Quel âge as-tu ?

- 4 ans, soupirais-je, bougon, me retournant vers la bosse chemisée que les pères ont sans être enceints et qui cache à leur vue l’instrument de leurs malheurs.

- Qui est Dany pour toi ?

- Ma… sœur.

- Qui a écrit Tu seras un homme mon fils ?

- Ki… Kipling…

Une heure durant - je ne peux le certifier n’ayant pas développé à l’époque une idée très précise de la temporalité - les questions se succédaient, de même que les lancements que provoquaient dans ma joue gauche les suites de la baffe-punition patriarcale. Je vous l’ai dit : mon père voulait être fier de lui à travers moi. Il me moulait, me malaxait, me pétrissait sur son tour de suffisance et de paraitre, puis m’exposait aux « oooohhh ! » et « aaahhh ! » que d’autres grands poussaient, d’une admiration feinte, à l’écoute de mes récitals de savoirs surfaits. Premier contact, assez rugueux, avec la connerie dont vous êtes, vous aussi, les produits et les fabricants.

 

* * *

 

 

~*2 yeux1plume*~

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